ROBINZON YARIK
le scenario
SCENE 1. Objet : INT. Le couloir d'un hopital. Jour.
Un medecin marche le long du couloir. Il porte une glaciere pour le transport d'organes. Son visage est cache. Le medecin descend d'un etage et se cache derriere une porte.
SCENE 2. Objet : INT. Salle d'operations. Jour.
Un chirurgien fatigue et trempe de sueur regarde l'ecran du moniteur. La ligne de l'electrocardiogramme est continue. Les appareils sonnent d'une maniere monotone. Tout le monde regarde furtivement le chirurgien. Ce dernier devient de plus en plus tendu. Les lampes de controle s'allument et un sifflement desagreable retentit encore plus fort. Un autre appareil se met a clignoter. L'oscillateur sonne par saccades. L'assistant balaie du regard la salle. Ses doigts courent sur les touches du clavier. Les images se perdent sur les ecrans. Les sifflements et les sonneries plongent la salle dans le chaos.
Tout le monde s'alarme dans la salle d'operations. Les docteurs s'agitent. Les sons des appareils deviennent stridents. Tout est en mouvement.
SCENE 3. Objet : La salle d'attente de la Gare de Kazan. INT. Nuit.
- Mon sac ! On a vole mon sac ! - crie une femme en se levant de son siege.
A cote de la femme un garcon, d'une dizaine d'annees, se leve et se sauve a toutes jambes.
- Attrapez-le !
La femme court vers le garcon. Le garcon court en sautant par-dessus les bancs, renverse des valises et tombe sur des passagers somnolents.
- Arretez-le !
Un des passagers attrape le garcon par la manche de sa veste. Mais le garcon s'echappe et s'enfuit. Toute la salle est agitee. On entend la milice siffler.
Sur un banc, a cote d'une plante verte artificielle, se reveille Yarik, un garcon de 6 ans. Il sort sa tete cachee dans l'aisselle de sa mere et regarde en ouvrant de grands yeux. Un milicien corpulent court en sifflant vers le garcon. La femme court a son encontre en criant :
- Mon sac ! Il a vole mon sac, le parasite!
Le garcon se tourne brusquement, il trebuche et tombe. Le milicien l'attrape …
- Ou est mon sac ? - attaque la femme.
Le garcon garde le silence.
- Ils etaient deux, c'est sur, ils trainaient la, a cote de moi. Celui-ci lui a passe mon sac. Il est ou, ton copain, hein ? Il a file, l'autre, mais il ne peut pas etre loin.
- Bon, on va voir. Suivez-moi, dit le milicien a la femme et traine le gamin par le collet. - On va le trouver, dit-il avec surete en poussant le garcon brutalement. - Vas-y, marche !
Yarik fait une grimace.
Une annonce : " Les passagers du train 32 a destination de Novokouznetsk sont invites a se presenter sur le quai N 3, voie 6 "
Les passagers reagissent a l'annonce et certains se dirigent vers la sortie.
Yarik regarde autour de lui.
YARIK : C'est notre train ?
MERE : Pas encore. Dors.
YARIK : J'ai deja dormi, c'est a ton tour maintenant.
La mere a un sourire fige, elle parait triste et fatiguee. Elle fait un signe de tete a l'enfant. Ce dernier met son bonnet et leve la main en offrant son epaule a maman. La femme cache ses pieds dans des bottes blanches usees sous le fauteuil, rajuste le col de son manteau rouge et s'appuie sur l'epaule de l'enfant. Le petit l'embrasse. Il n'est pas a l'aise, il est oblige de tendre le dos pour que sa mere puisse s'y loger. La femme ferme les yeux.
Les passagers tentent de s'endormir dans des fauteuils inconfortables en prenant des poses incroyables. Ils s'agitent, changent de position en essayant de se degourdir.
Dans un coin des joueurs sont captives par un jeu de backgammons. Ils se disputent dans leur langue asiatique et rient tout en continuant de jouer. Yarik regarde autour de lui. En apercevant quelqu'un, il sursaute. Un milicien se promene entre les rangs. Il tombe sur un clochard. Il le matraque dans le dos. Le clochard se reveille et se leve docilement. Il ramasse ses haillons et quitte la salle d'attente. Le milicien continue sa ronde.
Yarik tremble. Le milicien se dirige vers eux.
Yarik se met sur ses gardes. Il se serre contre sa maman.
Le milicien regarde Yarik et sa maman en passant a cote. Yarik leve la tete et le regarde embarrasse.
Son regard docile traduit de l'humiliation. Le milicien passe devant eux. La femme rajuste le bonnet au gamin. Yarik observe longuement les joueurs de backgammons. Ensuite son regard se pose sur un homme qui sort un poulet frit de son sac et le met sur ses genoux. Le petit suit avidement ses mouvements. L'homme plonge ses doigts dans le poulet, arrache un morceau appetissant et l'envoie dans sa bouche. Le petit avale sa salive et s'oblige a se detourner.
Les joueurs ont fini de jouer et se sont mis a manger des galettes et de la viande aux legumes. Le petit pousse un soupire et plisse les paupieres. La mere voit Yarik souffrir de la faim.
MERE: T'as faim?
Yarik secoue la tete
Yarik: Non, c'est pas bien de manger la nuit, si?
La mere regarde Yarik. L'homme mange le poulet avec appetit. Yarik ne peut pas detourner les yeux. La mere se leve.
MERE: Reste la. Je vais chercher a manger.
Joyeux, le petit hoche la tete et sourit a sa mere. A peine la mere, est-elle partie qu'elle apercoit le milicien. Elle revient, sort le billet et le passeport de son sac et met tout dans la poche interieure du manteau qu'elle ferme bien. Elle s'en va. Yarik la suit du regard. La mere se rend dans le coin le plus eloigne de la salle ou brille l'enseigne d'un cafe. On annonce l'embarquement. L'enfant regarde le tableau electronique: 01.10
Yarik se pelotonne, se renfrogne, s'enlace avec ses petites mains et baisse la tete tout en regardant l'homme qui arrache avec enthousiasme une cuisse du poulet.
SCENE 4. Objet: La salle d'attente de la Gare de Kasan. Cafe. INT. Nuit.
La mere de l'enfant regarde avec appetit la vitrine du cafe. Elle sort de sa poche un billet de 10 roubles et quelques pieces. Elle n'achete rien et s'en va.
SCENE 5. Objet: La salle d'attente de la Gare de Kasan. INT. Nuit.
Yarik voit de loin sa mere sortir du cafe. Mais elle ne se dirige pas vers lui et s'eloigne. Yarik bondit de sa place, il veut courir vers elle. Pourtant, la mere lui fait signe de rester a sa place et disparait dans le hall. L'homme, tout en rongeant la cuisse de poulet, observe Yarik et sa mere. Perplexe, Yarik s'assied sur le banc.
SCENE 6. Objet: La salle d'attente de la Gare de Kasan. Buffet. INT. Nuit.
La mere de Yarik parle avec la vendeuse du buffet. Celle-ci secoue la tete et lui indique quelque chose de la main
SCENE 7. Objet: La Gare. Le Quai. INT. Nuit.
La mere de Yarik s'approche d'un kiosque sur le quai. Elle regarde la vitrine. La, il y a toutes sortes de produits mais les prix sont eleves.
La vendeuse regarde la femme d'un air indifferent. La mere de Yarik regarde des sandwichs au fromage et au saucisson. Sur l'etiquette il est ecrit - 14 roubles.
VENDEUSE:Vousdesirez?
LA MERE DE YARIK: Excusez-moi, Madame, est-ce que vous avez quelque chose pour 13 roubles 40 kopeck?
La vendeuse regarde d'un air stupide d'abord la vitrine, puis la femme.
VENDEUSE: Des bonbons... un petit paquet : 11 roubles.
MERE: Il n'y a pas de gateaux?
La vendeuse secoue la tete. Desesperee, la mere s'en va. La voix de la vendeuse l'arrete.
VENDEUSE: Attends! Donne tes 13 roubles et 40 kopeck.
La mere tend son argent. La derniere jette l'argent dans la caisse sans compter les pieces et donne a la mere un sandwich au fromage. La mere sourit timidement et la remercie quelques fois.
MERE: Merci! Merci beaucoup! Ce n'est pas pour moi! C'est pour mon fils. Il n'a rien mange depuis le matin! Que Dieu soit avec vous!
VENDEUSE: Laisse tomber. Tu viens d'ou, toi?
MERE: De Bichkek.
VENDEUSE. Ou ca?
MERE: En Kirghizie. J'ai mon mari a Moscou, sur les chantiers. Nous, on est au chomage. Ca fait 3 mois qu'on n'a pas eu de ses nouvelles. On est arrive mais il n'est pas la. On a dit, qu'il a ete licencie.
La vendeuse hoche la tete par sympathie envers la femme. Celle-ci, confuse, s'en va.
SCENE 8. Objet. La Gare. Le Quai. INT. Nuit.
Le train arrive en gare en marche arriere. La mere court sur le quai, essaye de percer la foule qui se precipite a la montee du train charges de grands sacs. Elle ne voit pas le train s'approcher. Il ne reste que quelques metres entre le wagon et la femme. La foule emmene la femme a contre-sens. La femme serre contre sa poitrine une assiette en plastique avec le fromage. Elle se fraye difficilement un passage dans la foule.
- Degagez! hurle un homme en renversant la femme avec son chariot debordant de valises.
Elle fait un bond de cote. La foule l'entraine a contresens. Son manteau est ouvert... La femme s'arrete juste au bord du quai sous les coups violents de valises et de paquets. Elle jette des regards effrayes et suppliants... Quelqu'un la bouscule violemment d'un sac dans l'epaule, elle fait tomber le sandwich sur les rails. Ses yeux se fixent sur le wagon qui approche...
- Degagez! Hurle un autre porteur en poussant le chariot dans la foule.
Elle tombe en hurlant, et disparait... De cris d'horreur se font entendre, etouffes par le grincement des freins du train. Une voix feminine s'eleve :
- Ooohhhh, une femme est tombee !
L'homme qui venait de pousser la femme se retourne, tend le cou et ne parvient pas a voir ce qu'il se passe.
Mais la foule le repousse, l'homme replace son sac sur ses epaules et continue son chemin.
SCENE 9. Objet: La salle d'attente. INT. Nuit.
Yarik leve les yeux sur l'horloge electronique: 01.27. Il regarde le voisin en face qui enveloppe les restes de son diner dans un journal et les met dans son sac.
Yarik regarde de nouveau l'horloge: 01.28.
Inquiet, il se leve et regarde autour de lui. Il se fraie un chemin entre les rangs mais fait immediatement demi-tour. Brusquement, il enleve son bonnet et le met sur le banc a l'endroit ou il etait assis. Il demande a son voisin :
- Pourriez-vous dire que ces places sont occupees, s'il vous plait!
L'homme acquiesce tout en regardant le bonnet :
- D'accord, je le dirai... prends ton bonnet.
Yarik met son bonnet et s'en va. L'homme le suit du regard. Yarik prend la direction de sa maman en tournant le coin.
Yarik s'elance dans la direction qu'avait prise sa maman.
SCENE 10. Objet: La salle d'attente de la Gare de Kasan. Le buffet. INT. Nuit.
Il n'y a personne au buffet. La vendeuse s'ennuie derriere le comptoir. Yarik s'en approche craintivement, se dresse sur la pointe des pieds et demande:
- Vous avez vu ma mere? Elle est belle, en manteau rouge...
La vendeuse regarde le garcon du haut du comptoir.
- Ah, encore un!
- Maman etait allee chercher a manger et s'est perdue...
- Je n'ai rien vu. Je ne te donnerai rien. C'est un buffet d'Etat. Tu comprends, toi?
Yarik recule sans rien comprendre du tout. Il s'en va. La vendeuse crie apres lui:
-Qu'est-ce que c'est que ces parents qui abandonnent leurs gamins?! Si je fait l'aumone a tout le monde, c'est un panier perce...Les canailles...
SCENE 11. Objet: La salle d'attente. INT. Nuit.
Yarik retourne a sa place; il s'assied et cache ses yeux. L'homme s'apercoit que le garcon est devenu triste. Les joueurs de backgammons se disputent dans leur langue etrangere. Yarik les regarde. L'homme ne sait pas comment ameliorer cette situation genante. Brusquement, Yarik se leve en appelant "maman". Une femme, vetue d'un manteau rouge comme celui de sa mere, entouree d'autres passagers, se dirige vers la sortie. L'homme observe attentivement la scene. Yarik se precipite vers la sortie, trebuche et tombe. La femme sort de la salle sans se retourner. Yarik court comme un derate. Un porteur barre sa route.
- Ce n'est pas ta maman! crie l'homme.
Yarik se retourne avec reproche tout en continuant a courir. L'homme ne sourit plus, il est confus. Yarik court hors de la salle.
SCENE 12. Objet: Le quai. EXT. Nuit.
Yarik est sur le quai. Il y a du monde partout, mais on ne voit pas sa mere. Devant le premier quai, il y a foule. Les gens troubles regardent en bas. Quelques miliciens essayent d'ecarter des badauds. Des femmes gemissent et poussent des soupirs. D'autres passagers s'arretent un instant et continuent leur chemin.
Yarik se retourne et regarde autour de lui.Soudain...il voit a nouveau ... le manteau rouge! La femme a l'autre bout du quai monte dans le train. Yarik se precipite vers elle. On entend une sirene. Une ambulance arrive a la gare. Yarik court apres le train qui demarre. Les conducteurs ferment les portieres. Yarik court. Un conducteur regarde, etonne, l'enfant courant avec le train.
Le train prend de la vitesse. Les wagons s'eloignent en une longue ligne et le dernier wagon depasse Yarik. Il halete, la terreur et la stupefaction se refletent dans ses yeux. Yarik court jusqu'au bout du quai. Les wagons disparaissent au loin. Le dernier wagon disparait! Les yeux de Yarik sont pleins de larmes, ses levres tremblent. Il fremit et une larme coule sur sa joue. Yarik se met a hurler.
Quelques passagers tardifs se retournent, s'arretent et observent Yarik. Il pleure toutes les larmes de son corps. Brusquement, il arrete de pleurer, ses epaules tremblent, il essuie les larmes. Yarik suit du regard le train qui disparait au tournant. Yarik va au debut du quai, se donne une claque sur le front et ... sourit.
Les gens sur le quai sont etonnes. Un d'eux lui adresse la parole.
- Il t'est arrive quelque chose?
- Je me suis trompe, repond Yarik en courant vers la salle d'attente.
Les gens restent perplexes.
Apres avoir couru quelques metres, il commence a marcher. Soudain, un homme l'attrape par l'epaule. Yarik s'arrete.
- Pourquoi tu es seul? Demande-t-il. - Ou sont tes parents?
- La-bas, Yarik montre la gare et continue son chemin.
- Ou ca? L'homme suit Yarik.
- La-bas, je dis.
- Tu t'es perdu, toi? L'homme arrrete Yarik.
- Je ne suis pas une aiguille pour me perdre! Moi, me voila. C'est mes parents qui sont perdus.
- Comment ca?
- Ben, comme ca. Yarik voulait partir mais l'homme lui barre la route.
- Alors, va a la milice. Je t'accompagne.
L'homme voulait le prendre par la main mais Yarik cache sa main derriere le dos et s'ecarte.
- Papa m'a appris a ne pas avoir affaire a la milice.
Yarik avance sur le quai.
- Eh ! tu vas ou, toi? a demande l'homme et a trottine apres le garcon.
- Voir la mere.
- Quelle mere?!
- Ma mere!
- Elle est ou?
- Monsieur, mais je vous ai deja dit: elle est a la gare.
- Tu me bourres le crane, toi!L'homme s'arrete. Quel gamin insolent!
- Quoi? Yarik s'arrete. Papa m'a appris de gros mots pour qu'on me fiche la paix. Voulez-vous les entendre?
- Pouah! L'homme a repris son chemin.
Yarik s'est precipite vers la gare.
On entend une sirene. L'ambulance quitte la gare.
SCENE 13. Objet: La salle d'attente. INT. Nuit.
Yarik court dans la salle. Il cherche des yeux sa place a cote de la plante verte artificielle. Les places sont vides. Maman n'est pas la. Embarrasse, il regarde autour de lui et revient a sa place. L'homme ouvre les yeux, leve la tete et voit Yarik devant lui. Il regarde le fauteuil vide a cote, puis les yeux rouges du petit. Il est enerve et semble compatir au garcon. Son visage devient refrogne.
- T'inquiete pas, elle va arriver.
L'homme sort le poulet et le tend a Yarik.
- T'en veux?
Le petit cesse de cligner des yeux, se rend vite compte de tout et hoche la tete.
- Oui. Et vous? Vous n'en voulez plus?
Une telle question le deroute. Et cela le rend meme confus. Ensuite, il montre de la tete le fauteuil a cote de lui.
- Non, je n'ai plus faim. Regale-toi.
L'enfant saute de son fauteuil et s'assied tout de suite dans celui a cote de l'homme. Il regarde avec avidite le poulet a moitie mange.
- Les mains sont propres?demande l'homme
Le petit hoche la tete et les cache tout de suite derriere le dos. L'homme fait semblant de ne pas le voir. Il met le journal avec le poulet sur les genoux du garcon, detache la chair des os et la pose sur le cote. D'un signe de la main il propose au garcon de ne pas perdre le temps et de se mettre a manger. Le petit chuchote vite sa priere en avalant des terminaisons et des mots entiers. Il termine sa priere et se signe. Content, l'homme acquiesce d'un signe de tete.
Le petit se met a manger. Bien qu'il prenne la viande soigneusement, il mange vite et avec avidite.
- Ne te presse pas.
L'enfant acquiesce d'un signe de tete, sourit a l'homme, son regard tombe sur un paquet par terre de l'autre cote de l'homme. Bouche pleine, l'enfant demande
- Vous avez quoi la? Il faut pas laisser ses affaires sans surveillance!
- Tu as raison! Ne te presse pas!
L'homme prend le paquet et sort une thermos de the, quelques tranches de pain et une tomate. Il donne le pain a l'enfant, coupe la tomate en quatre avec un canif. Il verse le the dans un gobelet qu'il garde jusqu'a ce que le garcon finisse le poulet. Le petit ronge soigneusement chaque os en sussant les cartilagess.
- Et la viande? Mange la viande.
Le petit secoue la tete negativement.
- Mon pere dit que les cartillages sont une nourriture pour les vrais hommes. C'est dedans, toute la force.
- Qu'est-ce qu'il en sait, ton pere...
- Il s'y connait.
L'homme sourit et consentit. Le petit mache moins vite et hoquete. L'home lui tend le gobelet. L'enfant prend le gobelet avec ses deux mains.
- Fais gaffe, il est chaud.
L'enfant souffle sur le the. Il commence a siroter avec ses levres et se brule. Des larmes apparaissent dans ses yeux. Il sourit a travers les larmes.
- C'est chaud!dit Yarik.
- C'est ce que j'ai dit. Alors, t'as plus faim?
Le petit confirme. L'homme lui enleve le papier avec les restes, un morceau de pain et les restes de tomate. Il froisse le papier et le jette dans la poubelle. L'enfant l'observe avec horreur.
- Mais il y a du pain la! S'indigne Yarik.
L'homme leve les sourcils; l'air de dire : ce n'est pas grave ! puis confus dit:
- Ah, Je ne m'en suis pas apercu, moi
Il tend au petit un chocolat sous une enveloppe d'une couleur vive. L'enfant trippote longuement le papier et ouvre la moitie du chocolat en prenant soin d'enrouler l'autre dans du papier. Il boit son the avec le chocolat dans la bouche. L'homme sourit discretement.
- Alors, on fait connaissance? Propose l'homme.
- D'accord.
- Arkady. Et toi, tu t'appelles comment?
- Yarik.
- Yaroslav alors.
Le petit fait non de la tete.
- Non, Yarik.
- Enchante.
- Enchante aussi. Merci pour le diner.
Ils se serrent les mains. L'homme sourit, mais ne se retient pas et se met a rire.
Annonce: Les passagers de l'express 74 a destination de Barnaoul sont invites a l'embarquement sur le quai N 2, voie 4.
L'homme leve le doigt, ecoute l'annonce et fait un signe de tete.
- C'est mon train. Je dois aller.
Tout d'un coup, Yarik devient triste, mais cherche a ne pas le faire voir. Il baisse la tete pour cacher les larmes.
- Yarik, qu'est-ce que tu as?
Le petit ne repond pas. L'honne est confus. Il commence ses preparations: il met son chapeau sur la tete, son echarpe sous le col du manteau. Il pietine confus.
- Peut-etre elle est partie seule, ma mere? chuchote Yarik.
- Mais non! Sans toi? C'est pas possible. Elle viendra. L'homme cherche a rassurer Yarik. Elle est un peu en retard, mais elle arrivera. Attends-la.
Yarik regarde l'homme, il est triste.
- Adieu, alors, Yarik!
L'homme lui tend la main. Yarik a surmonte sa crise morale. Il saute de sa place et serre la main de l'homme, il la secoue comiquement. L'homme prend son sac et s'en va.
Yarik le suit d'un long regard jusqu'aux portes. L'homme sort sans se retourner. La porte se renferme derriere lui.
Yarik pousse un soupir profond et traine vers son fauteuil ou il etait assis avec sa mere. Il regarde l'horloge: 02.00 puis 02.01.
Yarik soupire encore une fois, s'enveloppe de sa veste, met son chapeau, cache son nez dans le col et ferme les yeux.
(Un clochard fouille dans la poubelle et prend le pain. Un instant plus tard, il le rejette et ne prend qu'une canette a biere).
SCENE 14. Objet: La salle d'attente. INT. Matinee.
Un milicien (Samokhine) se promene le long de la rangee ou dort Yarik. Il s'approche de lui. Il le regarde lentement et s'adresse d'un ton grossier a une dame a cote de Yarik.
- Il est a vous, l'enfant?
Etonnee, la femme regarde d'abord le milicien, puis le garcon dormant et fait non de sa tete.
- C'est bien ce que je pensais, dit le milicien.
Il pousse Yarik de l'epaule avec sa matraque. La femme regarde le milicien avec desapprobation mais se tait. Yarik ne se reveille pas. Le milicien le pousse encore de sa matraque en insistant.
- Reveille-toi! Allez, allez!
Yarik ouvre les yeux., regarde autour de lui. Il cherche sa maman des yeux. Mais il ne voit devant lui qu'une femme inconnue et un milicien severe.
YARIK: Bonjour!
LE MILICIEN: T'es a qui?
YARIK: A papa et maman.
LE MILICIEN: Ils sont ou?
YARIK: Je n'en sais rien. Papa s'est perdu aux chantiers et maman est allee chercher des gateaux.
LE MILICIEN: Il y a longtemps?
YARIK: Non, pas du tout.
Le milicien le regarde avec mefiance.
LE MILICIEN: Comment tu le sais si tu dormais?
Yarik jette un regard sur le tableau: 06.06. Un moment, il est confus.
YARIK: Je viens de m'endormir. Elle est partie et je me suis endormi.
Le milicien prend un air pensif, et ses pensees ne promettent rien de bien a Yarik. Soudain, la femme prend le parti de l'enfant
- Ecoutez, arretez de l'embeter, regardez, vous faites peur a l'enfant!
- Je ne vois pas sa mere, dit Samokhine.
- Mais moi, je l'ai vue et je peux confirmer tout ce que l'enfant vient de dire!
Le milicien fait signe de la tete et s'en va. Yarik regarde la femme, les yeux luisants (Elle avait vu sa mere!)
- Ce n'est rien, mon petit, dors tranquillement. Rechauffe-toi. Il fait un froid de canard dehors.
- Elle est ou, ma mere? demande Yarik vivement.
La femme ne sourit plus. Elle est confuse car elle avait pris yarik pour un clochard. Maintenant elle ne sait ni que faire ni que dire au gamin.
- Elle m'a abandonne? chuchote le garcon d'une voix etranglee.
La femme hausse les epaules. Yarik pousse un soupire, vexe.
- Vous restez la ? dit Yarik en se levant.
La femme hoche la tete. Yarik s'en va.
- Eh, tu vas ou, toi? Et si ta mere arrive?
- Non, elle ne viendra pas, elle m'a quitte, dit Yarik en s'arretant. Ayant reflechi, il ajoute: mais si elle revient, dites-lui, que je suis alle aux toilettes.
Yarik se dirige vers la sortie. Il marche, mais se ,et vite a courir. La femme hoche la tete et se detourne precipitemment de Yarik comme si elle voulait le fuir : lui et ses problemes.
Yarik court a travers la gare, tourne la tete a la recherche des toilettes. Il voit des portes devant lui et les pousse.
SCENE 15. Objet: La place des trois gares. EXT. Matinee.
Yarik s'arrete, impresionne par ce qu'il voit. La place des trois Gares est devant lui. Ce sont des batiments immenses avec un flot de vehicules (on entend des sons de klaxons, des sirenes, des cris des taxis et des porteurs).Yarik demeure bouche bee en tenant les portes entre ses mains. Des gens forment une queue derriere lui. Un Caucasien avec deux sacs enormes sur les epaules le pousse dans le dos d'un air mecontent:
- Eh, circule, toi!
Yarik sort dehors, se met a l'ecart pour ne pas etre renverse par la foule. Il est bouche bee. De sa bouche grande ouverte sort de la buee. Ses petits yeux s'ecarquillent de tous les cotes. Il fait une grimace et ramene une jambe sur lui. Il regarde autour de lui et s'avance vers un coin. Chemin faisant il se retourne pour se souvenir du trajet.
De l'autre cote du coin, il y a aussi beaucoup de gens et de voitures. Il n'y a nulle part ou se cacher. Yarik est sur le point de pleurer. Il saute par dessus une chaine cloturant le territoire de stationnement, se faufile entre les voitures. Il arrive a la derniere voiture de la rangee. Il regarde autour de lui, retrousse sa veste et essaye d'ouvrir la fermeture eclair de son jeans. Il n'y arrive pas car ses mains sont gelees, ses doigts sont raides. Yarik hurle, les larmes se mettent a couler, il serre les dents, crispe son visage et essaye encore et encore d'ouvrir la fermeture. A grand peine il finit par ouvrir le bouton et libere la fermeture eclair. Yarik pisse en levant la tete et sourit.
Du haut d'un panneau publicitaire un Pere Noel le regarde et lui tend un sac plein de cadeaux. Yarik est heureux. Le jet d'urine tombe sur la roue d'une jolie voiture etrangere. Tout d'un coup, quelque est derriere lui, on entend la voix d'un gardien.
- Oh!he !, tu fais quoi? Arrete de pisser sur les voitures!
Yarik tremble mais il n'est pas capable de s'arreter.
- Oh!he !,, tu m'entends? crie le gardien.
- Minute, chuchote Yarik, j'arrete.
Des pas rapides se retentisent derriere le dos de Yarik, la glace craque sous les pieds du gardien. Yarik termine sa petite affaire. Il met vite son pantalon et se sauve a toutes jambes. Le gardien le poursuit mais glisse sur la glace et tombe sur le dos. Yarik saute par-dessus la chaine et court ou l'emmenent ses pas.
SCENE 16. Objet: Passage souterrain. INT. Matinee.
Yarik est sur les marches qui menent au passage souterrain. Il est perdu et effraye. Il regarde tout autour et cherche des yeux la gare. En hesitant, il descend une marche. Il voit des gens emprunter le passage portant des sacs, des valises, des charettes. Tout le monde se presse comme a la gare. Cette scene rassure un peu Yarik. On le pousse et repousse, le depasse d'un cote et de l'autre. Yarik fait quelques pas sur le cote et se serre contre les rampes. Il regarde tantot en bas, tantot du cote de la gare. Il tombe de plus en plus dans le desespoir. Soudain, il attrape un homme par la manche. Ce dernier remue les epaules sans sortir les mains des poches de la veste.
- Pas de monnaie!
Choque par son ton grossier, Yarik cache sa tete dans les epaules et se retire de nouveau vers la rampe. Il regarde de nouveau en bas. Des pieds courent, glissent, marchent, trainent et sautent de deux marches en deux marches.
Resolu, Yarik barre le passage a un monsieur age en ecartant les bras.
- C'est le chemin de la gare?
L'homme, etonne, leve les sourcils et repond, confus
- Merci bien, mais je le sais moi-meme!
Yarik baisse les bras et saute vers les rampes. Il reflechit en se mordant les levres. Ensuite il descend dans le passage. Yarik fend la foule et court pour ne pas etre ecrase. Soudain, le flot se divise en deux! Yarik est ralentit et se fait emporter la ou se rend la plus grande partie. Le flot devient grand et dense. Yarik est serre de tous les cotes. Il tend le cou, avale de l'air. Son chapeau est tombe sur le cote mais Yarik ne peut pas le rajuster, il est impossible de se liberer les mains.
Yarik pietinne, regarde autour de lui et tout a coup un cri de desespoir et d'effroi sort de sa poitrine. Yarik est saisi par la panique. Il hurle d'une voix aigue.
- A qui est l'enfant? crie une femme.
Les gens sautent du cote et s'excusent les uns aupres les autres, persuades qui ont renverse un enfant.
SCENE 17. Objet: Vestibule du metro. INT. Matinee.
Yarik rajuste le chapeau. La, il est plus facile de marcher, les gens laissent de l'espace libre autour de lui. Mais il diminue tres vite, jusqu'a prendre des dimensions terriblement petites! Yarik est fourre dans un passage etroit, il se retrouve dans le vestibule du metro. On entend le brouhaha, hurlements de la femme de service dans le haut-parleur essayant de mettre de l'ordre.
Maintenant Yarik arrive a maitriser la situation, ses bras sont serres contre sa poitrine, il peut ecarter les jambes, les dos et fesses des gens autour de lui. Son petit visage est rouge d'avoir lutte, une goutte de sueur brille sur son front. Yarik grince des dents, son visage est crispe mais combatif.
Tout a coup le tourniquet du metro apparait devant lui. Un homme repousse Yarik et passe devant, Yarik se precipite derriere lui. Mais les pieges metalliques frappent la main de Yarik. Il est pris au piege. Yarik crie de douleur et retire sa main. La sirene hurle. Yarik frotte sa main, ses yeux sont pleins de terreur et de larmes mais il ne pleure pas. Des mains l'attrapent, le leve et l'emmene de l'autre cote tourniquet. Yarik entend une voix masculine etonnee derriere.
- Ou est ta maman, le petit?
Yarik n'a pas le temps de repondre. L'homme lui adresse un sourire d'adieu et disparait sur les marches de l'escalier roulant. Yarik tend le cou et crie apres lui.
- Je ne sais pas. Elle s'est perdue. Ou est la gare?
Yarik court vers l'homme sur l'escalier roulant mais pendant qu'il lambinait, une vingtaine de personnes passe devant.
SCENE 18. Objet: Vestibule du metro. Escalier roulant. INT. Matinee.
Yarik se retrouve devant des horribles marches grincantes. Il fait un pas car quelqu'un le gronde et se hate derriere lui.
- A qui est l'enfant? Tenez l'enfant! crie une jeune femme en descendant les marches.
Yarik descend. Il cherche des yeux l'homme qui venait de le sauver du tourniquet. Mais a chaque instant les gens courant en bas le repoussent: "Attention!". Yarik cache la tete, laisse passer les gens et essaye de trouver cet homme gentil. Soudain Yarik apercoit un autre danger: les marches plongent sous des dents metalliques dangereuses. Yarik regarde avec horreur les dents s'approcher . Elles grincent. Terrifie, Yarik court vers le haut. Il se cramponne a la rampe, se retourne, essaye de s'enfuir mais se heurte a un manteau. Il se retoune, mais il est trop tard. Yarik saute et echappe heureusement aux dents de rapaces. Il se retourne encore et tire la langue. Il suit le flot en se retournant encore et encore comme s'il ne croyait pas qu'il l'avait echappe belle!
SCENE 19. Objet: Station de metro. INT.
Une foule enorme attend une rame sur le quai. Yarik se met au premier rang. Presque tous les passagers se penchent en avant et regardent dans le tunnel. Yarik copie leur conduite: il se penche, lui aussi, tend le cou et regarde dans le tunnel. Au fond du tunnel apparait une lumiere sifflante. Les yeux de Yarik s'agrandissent avec etonnement. La lumiere du tunnel se transforme vite en un train grincant. Il passe en coup de vent pres de Yarik.
Yarik a eu peur, il recule et se serre contre une veille femme. Confuse, la femme regarde Yarik d'un air etonne, puis detache ses mains de son manteau. La femme entre dans le wagon en verifiant ses poches et son sac.
SCENE 20. Objet: Wagon du metro. INT. Matinee.
Yarik est emporte dans le wagon. Il se retrouve face a face avec un jeune homme assis qui lit un livre. Les portes se ferment et le train demarre. Yarik ne peut pas se tenir. Le train bouge et Yarik est oblige de se cramponner au genou d'un jeune homme pour ne pas tomber. Celui-ci leve ses yeux du livre et regarde Yarik. Ensuite il appercoit une jolie jeune fille.
Il pense que Yarik est son fils ou son frere cadet. Il sourit a la fille. Le jeune homme ferme son livre et tend les mains a yarik. Il se claque le genou en l'offrant a Yarik. Ce dernier monte sans gene sur les genoux du jeune homme. Il le fait s'asseoir a l'aise et cherche un regard encourageant de la jeune fille. Mais elle ne fait plus attention au jeune homme. Elle se detourne et commence a se frayer un chemin jusqu'a la sortie.Desarme ; le jeune homme suit la fille du regard puis regarde Yarik.
Le train s'arrete, la jeune fille descend du wagon. Quelques personnes montent, les portes se ferment et le train se remet en marche.
Le jeune homme est stupefie, il devient meme inquiet lorsqu'il se rend compte que personne n'a rien a voir avec l'enfant. Le jeune homme se leve et fait asseoir Yarik a sa place. Il baisse les yeux et se fraye jusqu'a la sortie. Les gens l'observent d'un regard etonne. Comment cela? Il a laisse son enfant?! Puis tout le monde regarde Yarik en essayant de voir sur son visage la moindre emotion negativesqui pourrait confirmer leur supposition muette.
Le train s'arrete et le jeune homme descend vite le wagon. Un grand nombre de gens le suit et le wagon, presque vide continue a rouler. Yarik s'eloigne pres du mur, s'y appuie et ferme les yeux.
SCENE 21. Objet: Wagon du metro. INT. Jour.
Yarik dort...
Les portes du wagon s'ouvrent et du monde monte dans le wagon. Un homme age apercoit une place libre a cote de Yarik dormant et s'asseoit sur le siege. Il pousse par hasard le garcon et celui-ce se reveille. Il baille, se frotte les yeux et met son bonnet. Il regarde autour de lui, cherche a comprendre ou il est. Lorsque qu'il s'en apercoit, il s'assombrit. Il observe des pieds des passagers, puis louche et regarde l'homme age sortir des lunettes, deplier un journal et se plonger dans la lecture. Yarik l'examine et frappe discretement sa main. L'homme baisse le journal et regarde Yarik par-dessus les lunettes.
- Qu'est-ce que tu veux, le petit?
- Comment aller aux chantiers?
- Quels chantiers?
- Des grands chantiers, ou l'on paye beaucoup.
- C'est pourquoi?
- Mon pere y travaille.
- Il fait quoi, ton pere?
- Je ne sais pas. Maman ne l'a pas dit. J'ai entendu dire qu'il soud le fer
- Donc ton papa est soudeur.
Yarik hoche la tete, incertain.
- Ou est ta maman?
Yarik baisse la tete et fait la moue. L'homme pousse un soupir.
- Je vois.
Il plie le journal dans la poche, enleve les lunettes, les met dans un etui, puis dans la poche interieure. Il se leve et tend la main a Yarik en l'invitant a le suivre. Yarik leve la tete et regarde l'homme avec mefiance. Mais ce visage bienveillant ne lui parait pas dangereux et il saisit la main de l'homme en sautant de son siege. Ils se dirigent vers les portes du wagon, attendent que le train s'arrete et les portes s'ouvrent.
SCENE 22. Objet: Station du metro. INT. Jour.
Le train demarre. Yarik reste sur le cote, il observe l'homme parler a un jeune milicien de grande taille. Ils gesticulent et se disputent. L'homme attaque et le milicien se justifie de facon agressive. Yarik voit les deux hommes tourner les tetes vers lui, il le regardent d'un air fache. Yarik est en desarroi. Il sent le danger. Il regarde autour de lui en cherchant ou s'enfuir. Le milicien rajuste sa ceinture avec une matraque et se dirige vers lui. Tarik est surprise, choque, effraye. Il voit l'homme age sourire et comprend qu'il l'avait trompe. Yarik fait un pas, puis se retourne et se met a courir. Le milicien se lance a sa poursuite.
L'homme age se retourne vers le train a l'approche et y monte a pas rapides. Les passants etonnes observent le milicien courir apres un petit garcon puis qui l'attrappe au collet. Les gens se retournent avec curiosite et continuent leur chemin... Le milicien souleve Yarik par le collet et le traine quelque part. Les pieds du petit touchent a peine le sol. Il doit marcher sur les pointes pour ne pas etre etrangle. Il est silencieux et soumis. Ses bras pendent comme ceux d'une poupee. Le milicien traverse vite le quai, monte sur les marches de l'escalier roulant. Yarik revoit les marches dangereuses, essaye de resister mais le milicien n'y fait pas attention. Il souleve Yarik encore une fois et le met sur les marches. Ils montent l'escalier roulant.
SCENE 23. Objet: Milice. INT. Jour.
Le milicien pousse la porte de sa main libre et le fait franchir le seuil. Il referme la porte et Yarik se retrouve dans un couloir etroit. Il est effraye. Il regarde autour de lui cherchant a mesurer le degre de danger. Tout a coup il voit une cage avec un homme vivant dedans! Il demeure bouche bee et regarde avec de grands yeux l'homme derriere la grille. Le milicien fait asseoir Yarik sur une chaise devant la cage. L'homme, un peu saoul, dans les trente ans, a l'air d'un criminel.Il apercoit le regard surpris de l'enfant et devine ses pensees. Il se met a imiter un grand singe: il allonge les levres en trompette, se gratte la crane avec un doigt et crie comme un singe mais de facon presque imperceptible pour ne pas facher la garde. Le milicien ne s'en apercoit pas, il est entierement preoccupe par sa dispute avec le milicien de service.
- T'es fou, toi? Pourquoi tu l'as emmene ici?
- Que faire? Il s'est perdu.
- S'il est perdu, on va le trouver. Ce n'est pas toi qu'on va embeter! Qu'est-ce que je vais faire avec lui. On va les attendre des heures ces emmerdeurs! Le temps qu'ils mettent a venir...
Yarik observe avec mefiance l'homme dans la cage. Il se met a l'imiter et fait des grimaces. L'homme arrete ses grimaces et sourit gentiment a Yarik. Yarik sourit a son tour, il fait meme un peti rire.
- Reste ici, dit le milicien en s'approchant de Yarik...
Yarik ne detache pas ses yeux de l'homme dans la cage. Le milicien le laisse en paix et retourne a son bureau.
- Ce n'est plus mon affaire, dit-il au milicien de service.
- Et moi, ou est-ce que je le mets? Dans la cage? s'indigne le milicien de service.
- Bon, je te l'ai rendu. C'est a toi de decider.
Le milicien passe devant Yarik, sans meme jeter un coup d'oeil sur lui et quitte vite la piece.
Le milicien de service se leve au-dessus du bureau et regarde Uarik. Il fait un coup de fil.
- Allo! Poste de reception d'enfant? Le poste 17, Oktyabrskaia a l'appareil. Venez chercher un gamin perdu... 5-6 ans... J'en sais rien?! Je n'ai pas le temps de m'en occuper? Quand?! Mais non! Et vous ne pouvez pas venir plus tot? Bon, d'accord, d'accord... Le milicien de service jette le recepteur et regarde mechamment Yarik. Il s'asseoit, fume une cigarette, ouvre un manuel d'anglais et se plonge dans la lecture. Ses levres bougent, il cherche a retenir des mots et des phrases. Il jette un regard sur Yarik.
- What is your name, boy?
Yarik regarde le milicien d'un air interrogatif. Puis il louche Boris. Ce dernier hausse les epaules et prononce doucement
- Si tu ne veux pas, ne reponds pas. Tu as le droit de demander un avocat.
Le milicien jette un regard mechant sur le jeune homme. Il se tait et se retourne vers Yarik.
- Pourquoi tu es seul dans le metro? Continue le milicien.
Yarik regarde Boris de nouveau. Celui-ce hausse les epaules en s'excusant comme s'il voulait dire: Excuse-moi, mon pote, mais je ne peux pas t'aider.
- Je vais voir mon pere aux chantiers.
- Tu viens de loin?
- Oui.
- Quoi "oui"?
- De loin. Je le cherche.
- D'ou viens-tu, je demande?
- De la gare.
- Tu es a Moscou depuis longtemps?
- Je ne sais pas. Je ne me rappelle pas.
- Avec qui es-tu arrive?
- Avec maman.
- Ou est-elle?
- Elle s'est perdue.
- Tu l'as perdue dans le metro?
Yarik garde le silence.
- Elle t'a laisse dans le metro?
- Non. A la gare.
- A la gare? S'etonne le milicien. - Quelle gare?
- De Kasan.
Le milicien de service pousse un soupire bruyant et renifle.
- Bon, on va venir te chercher...
Le milicien de service prend une feuille de papier et ecrit dessus. Yarik baisse la tete et regarde fautivement Boris. Ce dernier l'encourage du regard. Puis le jeune gars adresse la parole au milicien de service.
- Monsieur le chef, un petit the chaud pour nous, hein? Il fait froid ici.
- Eh oui, avec de la confiture rechauffante, en framboise, affirme Yarik.
Le milicien de service regarde Boris et Yarik. Il allume une cigarette et regarde Yarik longuement. Il prend le manuel d'anglais.
- Chef, s'adresse Boris au milicien de service. - Laisse-moi partir! Je ne suis plus ivre.
- Calme-toi, crie le milicien.
- J'ai tout compris. Je vais me ranger. Cele ne se repetera plus. Boris fait un clin d'oeil a Yarik.
- Cela ne se repetera plus, dit Yarik.
- Taisez-vous!hurle le milicien.
- On peut negocier. Hein, chef? Insite Boris.
- Je n'ai pas compris. Qu'est-ce que cela veut dire? Serguei t'a mal fouille? Le milicien de service fusille Boris du regard. Il va arriver et on va voir.
- Mais je n'ai rien, moi!
- Et moi, je dis qu'on va voir. Tu as quelque chose contre?
- Non.
- Tais-toi alors. Silence dans la cage.
Le milicien de service se plonge dans le livre. Le jeune homme dans la cage regarde le milicien a la derobee et chuchote a Yarik
- Comment t'appelles-tu?
Yarik se penche pour etre plus pres, regarde du coin de l'oeil le milicien en imitant l'intonation joyeuse du jeune homme.
- Yarik. Et vous?
- Je m'appelle Boris. Mais pour les amis je suis Black Jack.
- Black Jack?
- Les amis m'appellent Black Jack parce que je joue aux cartes pour de l'argent. Parfois, ce n'est pas honnete.
- Comment ca?
- Comme ca.
D'un mouvement insaisissable Boris sort une carte de visite.
- Maman m'a dit que jouer aux cartes n'est pas bien.
- Elle a raison, ta maman.
Boris tend la main a travers la grille. Yarik la tend aussi. Ils se serrent la main. Comme la derniere fois, Yarik secoue la main de Boris. Le jeune homme sourit et soudain une carte apprait dans sa main, puis une autre, et une autre. Yarik s'ecrie stupefait mais tout de suite il ferme la bouche avec sa petite main. La carte de visite apparait dans la main de Boris et disparait. On voit une chaine d'or que Boris met soigneusement dans la main de Yarik. Il ferme le poing.
- Cache-la, dit Boris.
Yarik essaye de la mettre dans sa poche mais elle tombe. Le milicien de service leve les yeux et regarde la chaine. Il court vers Yarik et attrappe la chaine.
- Oh-oh, dit-il en s'adressant a Yarik. C'est lui qui te l'a donnee, hein? C'est bien ca? D'ou l'as-tu prise? D'ou l'as-tu prise? Reponds-moi! C'est lui! Lui!
Yarik regarde le milicien de grands yeux. Il a peur mais ne trahit pas Boris. Boris regarde l'enfant avec espoir. Yarik se mord la levre et se tait, obstine. Alors le milicien donne une pichenette sur le nez de l'enfant. Il repete tout le temps la meme question. "C'est lui qui te l'a donnee? Reponds!"
Il prend Yarik par la veste et le secouer de plus en plus fort. Yarik se tait. Il pleure mais garde le silence.
Tout d'un coup Boris donne un coup de pied a la cage et crie sur le milicien.
- Toi, sale con, tu es devenu completement feroce, toi? Lache l'enfant!
Le milicien lache l'enfant. Il s'approche du bureau, lache la chaine et prend ... (pause)
- Poste 5? C'est le N° 1. Viens, c'est urgent!
- Compris, j'arrive, dit une voix.
Boris sort la carte de visite de sa poche et ecrie quelque chose dessus. Il la tend a Yarik qui la cache tout de suite dans la poche.
- Trouve moi! Chuchote Boris.
Le milicien de service prend la matraque et s'approche de la cage. Dans la piece court un grand milicien.
- Il est violent, dit le milicien de service en montrant Boris d'un signe de tete.
- D'accord, repond le grand.
Ils ouvrent la cage et commence a battre Boris. Il se defend avec les mains. Yarik est horrifie. Sa bouche est entre-ouverte. Des larmes tombent. Boris voit la reaction de Yarik.
- Je n'ai pas mal, dit-il. Pas du tout.
Boris se serre contre la grille. Les miliciens le battent sur le dos. Boris indique des yeux le bureau ou l'on avait mis la chaine. Yarik se leve. Boris s'elance dans le coin oppose de la cage. Les miliciens le suivent. Tout d'un coup Boris crie d'une voix percante. Yarik court vers la table, saisit la chaine et s'elance vers la porte. Le milicien de garde voit quelqu'un fuir de la piece. Il regarde la chaise vide.
- Tu vas ou? crie le milicien de service.
Il sort de la cage et court derriere la porte. On s'agite derriere la porte mais Yarik n'est plus la.
SCENE 24. Objet: Rues de la ville. EXT. Jour.
Yarik pousse une lourde porte de sortie et sort dans la rue. Il descend les marches de l'escalier. La panique le chasse le long des rues, le jette dans de petites ruelles... A bout de force, yarik s'arrete et tombe sur un banc enneige. Il essaie de se remettre, de calmer son petit coeur et de reprendre son souffle. Il crache par terre, s'essuie la bouche et regarde tout autour de lui, inquiet. Il voit que personne ne le pousuit et se calme. Il essuie ses larmes et sa sueur. Yarik enleve son bonnet. La vapeur s'en echappe tout de suite. Il remet le bonnet, se rejette en arriere et ferme les yeux.
Lorsque Yarik ouvre les yeux, il regarde des pigeons et des moinneaux a qui une vieille dame assise sur le banc voisin donne a manger des morceaux appetissants de baguette blanche. Yarik ne peut pas en detacher les yeux. La vieille dame aux doigts tordus d'arthrite arrache un autre morceau et le jette aux oiseaux; les oiseaux le saisissent avec avidite... Yarik s'oblige a se retourner. Le vieille dame est tellement absorbee par les oiseaux qu'elle ne voit ni enfant ni son regard affame.
Yarik se remet, se leve difficilement et s'en va. .
SCENE 25. Objet: Rue pres d'une grande boulangerie. Nat. Jour.
Yarik entre dans la boulangerie. Il regarde la vitrine avec un grand choix de produits.
- Est-ce que je peux prendre ce gateau? Dit-il au vendeur.
- Est-ce que tu as de l'argent? Demande le vendeur. - ta maman t'a donne de l'argent? Ou est ta maman?
- J'ai de l'argent. Yarik sort de sa poche la carte de visite, la chaine et un rouble. Il cache la chaine et la carte et tend au vendeur un rouble.
- Cela ne suffit pas, mon petit. Ou est ta maman? Ou tu es venu avec papa? Qu'ils viennent t'acheter quelque chose!
Yarik s'eloigne du comptoir, puis revient.
- Et celui-ci? Le plus petit gateau? Est-ce que je peux le prendre?
- Va chercher papa et maman, sourit la vendeuse.
Yarik quitte le magasin.
SCENE 26. Objet: Rue pres du magasin. EXT. Jour.
Yarik sort dans la rue et regarde autour de lui. Il s'approche d'une jeune fille et lui tend la carte de visite. Un jeune homme court vers la fille. Elle jette un coup d'oeil sur Yarik et cligne des yeux. La fille embrasse le jeune homme et part avec lui en riant joyeusement.
Yarik s'approche d'une vieille dame et tend la carte.
- Qu'est-ce que tu veux, mon petit?
- Est-ce bien cette rue? Demande Yarik.
- Oh, mon petit, je ne vois rien sans mes lunettes. Et ou sont tes parents?
Yarik s'ecarte de la vieille dame et s'approche d'un homme qui vient de sortir du magasin avec un grand gateau et un bouquet de fleurs.
- Est-ce que vous savez ou se trouve cette rue? Yarik tend la carte.
L'homme remet le bouquet dans l'autre main et prend la carte de visite.
- Batiment 5, Rue Novaya, appartement 82, lit-il. Yarik regarde l'homme avec attention.
- C'est ton adresse? L'homme rend la carte a Yarik.
- Oui. Mon oncle y habite.
- Et ou sont tes papa et maman?
- Ils se sont perdus.
- Ah, donc, ce sont eux qui se sont perdus et pas toi?
L'homme sourit.
- Ce sont eux, dit Yarik ferme.
- D'accord. Je t'emmene. La Rue Novaya est tout pres. Mais il faut qu'on se depeche.
L'homme prend Yarik par la main et le conduit vers la voiture. Il ouvre les portieres et met Yarik en arriere. L'homme prend le volant et la voiture demarre.
SCENE 27. Objet: Cour. EXT. Jour.
La voiture s'arrete devant l'entree d'un immeuble. L'homme descend de la voiture et ouvre la portiere a Yarik. Yarik descend. L'homme ferme la portiere, prend Yarik par la main et ils vont ensemble vers la porte d'entree. L'homme tire la porte. Elle est fermee.
- Et comment on va y entrer? Demande-t-il.
Soudain, un homme et une femme sortent de l'immeuble. L'homme et Yarik se glissent derriere la porte.
SCENE 28. Objet: Le palier.
L'homme et Yarik sont devant la porte de l'appartement N 82. L'homme sonne. Personne ne repond.
- Bon, assieds-toi et attends, mon petit. Ton oncle va arriver. Et moi, j'ai a faire.
L'homme court l'escalier. Il s'arrete et remonte sur le palier. Il sonne a la porte voisine, puis une autre.
- C'est bizarre, dit-il. Mais ne t'inquiete pas. Il va bientot arriver, ton oncle. Attends-le.
L'homme part en courant. Yarik s'est assis sur le tapis devant la porte.
SCENE 29. Objet: Cour. EXT. Jour.
C'est le crepuscule. Les lumieres s'allument aux fenetres. Les rideaux sont tires. Yarik est sous l'entree couverte et regarde avec tristesse les fenetres ou brulent intimement des abat-jours jaunes, bleus et rouges...
Il voit le pere d'un gamin finir un bonhomme de neige. Il enfonce une carotte dans la neige et appelle le garcon.
- Gleb, il faut rentrer!
- Papa!
- Ca suffit. Allons-y! Maman nous attend. On va regarder des dessins animes.
- Mais papa! Encore cinq minutes.
Yarik s'anime et regarde la carotte. Il attend avec impatience le pere emmener le fils a la maison. Le pere saisit le petit capricieux, le jette sur son epaule et court vers l'entree. L'enfant cesse de pleurnicher et commence a rire aux eclats. Des qu'ils disparaissent Yaris se detache du mur et court vers le bonhomme de neige. A quelques metres de lui, yarik s'arrete, regarde autour de lui et vers les fenetres, s'il n'y a pas de danger ou de menace. Il s'approche du bonhomme avec precaution. Il tend la main mais n'arrive pas a saisir la carotte. Tout a coup le bras en bois du bonhomme tombe. Etonne, Yarik regarde le bonhomme. Celui-ci lui sourit et cligne de l'oeil. Yarik se retourne en cherchant un baton mais il ne trouve rien. Alors il s'appuie contre le bonhonne de neige, contre la deuxieme boule de neige et essaie de toutes ses forces de le renverser. Le bonhomme bouge. Yarik respire avec peine, geint mais n'abandonne pas. Cette fois il ne le presse pas mais il essaie de l'ebranler en donnant des coups. Tout a coup la boule superieure tombe dans une claque sourde. Yarik se serre contre le bonhomme avec le front, se repose quelques secondes, puis contourne le bonhomme et se met a genoux devant la boule cassee. Avec les doigts geles il tire la carotte de la neige pressee, la cache dans sa poche et va vers l'entree en soufflant sur ses doigts.
Yarik retourne a sa place devant l'entree. Il s'accroupit en posant le dos contre la porte. Il sort la carotte de la sa poche, souffle sur elle, la nettoie avec la main, la frotte contre la manche de sa veste. Yarik regarde attentivement de tous les cotes et enfonce ses dents en mordant tant bien que mal dans un grand morceau. Il le ronge. L'enfant avale et mord dans un autre morceau en le rongeant de nouveau. Tout a coup il se crispe et se serre la paume contre la joue. Il crache la carotte et examine le crachat. Mais il fait sombre et le petit ne voit presque rien. Alors Yarik crache sur la paume. Il se leve et s'arrete dans la lumiere de la fenetre du rez-de-chaussee.
Il frotte la salive sur la paume avec le doigt et voit du sang. Yarik s'essuie la paume sur son jean. Il leve la main et jette la carotte vers le bonhomme. Il retourne a sa place et s'accroupit. L'enfant ferme les yeux et souffle sur ses doigts en essayant de les rechauffer avec son souffle.
SCENE 30. Objet: Rue, pres du magasin.EXT. Soir.
Les feux du soir et les illuminations de Noel sont eblouissantes. Des vitrines luxieuses d'un magasin d'alimentation. Yarik se colle au verre et observe des vendeurs couper des saucissons et des fromages, remplir des paquets avec des bonbons, mettre des salades dans des boites en plastique. Ils emballent tout cela et le remettent a ceux qui sortent du magasin tres contents. Mais avant de s'approcher de la vitrine il regarde partout en verifiant s'il n'y a pas de miliciens dans les parages. Yarik s'approche enfin de la vitrine et se colle contre le verre en pliant les mains au dessus de ses yeux pour mieux voir ce qui se passe a l'interieur. Tout a coup il abandonne cette idee et se retire de la vitrine. Il observe les gens entrer et sortir du magasin.
Soudain, une main dans un gant tricotee gris empoigne son epaule. Yarik tremble et se retourne. Il est stupefait. Une grande silhouette d'un milicien et deux autres silhouettes pareillement vetues de cabans gris se dressent devant lui.
- Qu'est-ce que tu fais la? Tu t'es perdu ?
Les yeux de Yarik sont fuyants, il reflechit fievreusement et ment sans hesiter
- Non. Je surveille maman pour qu'elle ne se perde pas.
- Hum. Le miliciens s'en vont. Il les suit d'un regard mefiant, puis retourne vers les portes du magasin.
Yarik voit une femme bien habillee s'approcher du magasin. Elle parle joyeusement avec son telephone portable. Yarik se dirige vers elle. Il freine un peu en la laissant passer et la suit sans hesiter.
SCENE 31. Objet: Dans le magasin. INT. Soir.
En passant devant le gardien Yarik prend la femme par la main. Celle-ci pousse des oh doucement et regarde Yarik. Son exclamation fait peur au petit et il louche sur le gardien. Il s'apercoit que celui-la ne voit rien. Il lache la main de la femme et se retire.
Il y a une batterie chaude dans le magasin!. Yarik rechauffe ses petites mains. La femme l'observe et se calme tout de suite car Yarik n'est pas un voleur. Elle se dirige vers le comptoir, prend la queue et regarde par moment Yarik qui jette aussi des coups d'oeil dans sa direction mais se detourne des qu'elle l'apercoit.
La femme ne sourit plus. Elle observe Yarik. Elle dit quelque chose a un homme devant elle, celui-ci fait un mouvement de tete et elle se dirige vers Yarik. L'enfant s'est distrait en observant la vendeuse peser des biscuits et n'a pas remarque la femme qui est devant lui et le regarde avec tristesse. Tout a coup la femme se penche vers Yarik et prend doucement ses mains dans les siennes. Yarik tremble, il veut s'enfuir mais le sourire charmant de la femme l'arrete.
- Tu as faim?
Yarik acquiesce d'un signe de tete discretement.
- Qu'est-ce que tu veux?
- Des biscuits.
La femme lache les mains de Yarik et lui fait le signe de rester a sa place. Elle se dirige vers le comptoir ou l'on vend des bonbons et des biscuits.
SCENE 32. Objet: Cour. EXT. Soir.
Yarik se retrouve sous le toit de l'entree ou il vient de grignoter la carotte... Il est transit jusqu'aux os. Il claque des dents, des gouttes brillent sous son nez, il renifle tout le temps et ramene ses jambes sous lui. Il serre contre la poitrine une bouteille de coca cola et un petit paquet de biscuits. Il se tourne encore et encore vers la porte et tire la poignee. La porte est fermee. Yarik appuie sur les boutons du code d'entree mais n'y parvient pas. La porte reste inaccessible.
Tout a coup, digicode retentit et la porte s'ouvre. Un homme avec un petit chien sort de l'entree. Yarik esquisse un bond sur le cote. Le chien aboie d'une voix grele contre Yarik. L'homme louche sur le garcon d'un ait mecontent et passe devant. Yarik a eu le temps de mettre le pied entre la porte et le seuil. Il regarde l'homme s'eloigner, puis se glisse derriere la porte d'entree.
SCENE 33. Objet: Entree. Int. Soir.
Yarik court vers les portes de l'ascenseur et appuie sur le bouton. Mais il ne peut attendre l'ascenseur et court jusqu'au troisieme etage. Il s'arrete devant la porte, prete l'oreille et frappe. Personne n'ouvre. Yarik tremble. Il frappe encore une fois et prete l'oreille. Il donne un coup de pied et descend les marches.
Yarik plonge sous l'escalier ou il trouve une batterie de chauffage. Il tend les petites mains vers la batterie, le paquet et la bouteille tombent par terre mais Yarik n'y fait aucune attention. Il se colle a la batterie, tremble fort de frisson, la morve degele et coule en deux flots. Yarik renifle et commence a tousser avec dechirement. Un peu rechauffe, Yarik ramasse la bouteille de coca. La boisson est gele, des bouts de glace flottent dans la bouteille. Yarik la met sur la batterie et s'y serre tantot avec la poitrine, tantot avec le derriere. Il s'anime, le frisson qui lui traversait le corps disparait peu a peu. Un aboiement repugnant du petit chien se fait entendre derriere la porte. Sans hesiter, Yarik s'elance sous l'escalier ou il tombe sur un petit chat abandonne. Le chat siffle et fait le gros dos. Yarik approche un doigt a sa levre. Le chat cesse de siffler mais continue a etre agressif. La porte s'ouvre et le chien entre en aboyant, son maitre le suit. Le petit chien s'arrache de sa laisse, gratte le sol en beton avec ses petites griffes, jappe hysteriquement du cote de l'escalier ou se cache Yarik. Il est assis plus proche de la mort que vif. Le chat commence a siffler contre le petit chien. Yarik saisit le petit chat et le cache sous sa veste. Il a une nouvelle quinte de toux. Il se ferme la bouche avec sa paume et retient la quinte avec force. Les larmes lui coulent des yeux. L'homme tire brusquement et nerveusement le chien aboyant et s'egosillant. Sans faire attention, l'homme entraine le chien dans l'ascenseur.
Yarik est dechire de toux, sans pouvoir arreter la quinte. L'ascenseur monte.
Un moment Yarik reste immobile, les yeux dilates de peur, sous l'escalier. Il laisse le chat partir. Ensuite il sort et retourne au radiateur. Il s'accroupie en serrant le dos a la batterie et procede au repas. Il ouvre avec peine le paquet de biscuits et les envoie dans la bouche un par un. Il mache d'un air content.
Le chaton se montre du dessous de l'escalier. Il gonfle les narines et miaule. Yarik l'attire avec du biscuit. Ils craquent a deux. Apres avoir bien mange des biscuits, Yarik se met au coca, mais il a beau essayer d'ouvrir la bouteille. Il abandonne finalement cette idee. Par contre, outre le rhume et la toux, il apparait un autre probleme: Yarik commence a avoir le hoquet.
Le chat essaie de s'enfuir mais Yarik le saisit et le fourre sous son sein. Le chaton commence a miauler et ferme ses petits yeux. Les yeux de Yarik se ferment aussi, sa tete tombe sur sa poitrine et il s'endort. Il tombe sur un cote et se reveille en s'ecriant. Il regarde autour de lui, somnolant; il realise ou il est. Yarik s'assoit sur le beton et baisse la tete sur ses genoux. Il reste assis un moment mais une autre quinte de la toux le reveille et il se remet.
Yarik apercoit qu'il souffle fort sous la porte et voit la neige entrer a l'interieur. Yarik tremblant se fait saisir les epaules et se dresse sur ses jambes. Il prend le paquet de biscuits presque vide, la bouteille de coca et quitte son abri. Le chaton se cache sous son bras.
Yarik jette des coups d'oeil sur les marches de l'entree, prete l'oreille. Tout est calme. Yarik monte l'escalier - rez-de-chaussee, premier etage, deuxieme etage - tout en essayant de retenir la toux en fermant la bouche avec son poing sal et collant, mais il y arrive mal.
Yarik s'arrete sur le palier du deuxieme etage et prete l'oreille. Des voix, des sons de la tele, de la musique se font entendre derriere les portes, mais derriere la porte dont il a besoin tout est calme. Yarik verifie encore une fois le numero de l'appartement en le comparant avec celui qui est indique sur la carte de visite. C'est bien ici.
Yarik s'approche de cette porte et y colle l'oreille. C'est le silence absolu derriere. Yarik pose la bouteille de coca par terre, met le paquet de biscuits a cote et s'assoit sur le paillasson. Yarik reste assis quelques secondes, se calme, se met en chien de fusil et ferme les yeux. Mais d'un coup, s'etant souvenu de quelque chose, il tremble, cherche des yeux. Il voit le paquet de biscuits et le cache sur lui. Le petit museau du chat se montre laissant deviner qu'il est content. Yarik s'apaise et s'endort.
SCENE 34. Objet: Palier. INT. Matin.
Les yeux enflammes apres une nuit impetueuse, Boris regarde Yarik endormi. Le chaton assis pres de la tete de Yarik braque ses yeux sur lui et ne pense mme pas a s'enfuir. Boris est debout, il titube. Il sort un paquet de cigarettes et un briquet de sa veste chaude en cuir. Il allume une cigarette. Il fume tout en observant la scene et reflechit au probleme apparu. Dans l'autre main il a les cles de l'appartement mais l'enfant endormi sur le paillasson l'empeche d'entrer. Boris avale une derniere bouffee de cigarette et jette le megot. Il s'accroupit devant Yarik, caresse le chaton et prend la bouteille de coca. Il l'ouvre et une forte evaporation de gaz s'echappe de la bouteille.
Yarik tremble et se reveille. De son regard eveille et effraye, il n'y a plus aucune trace de sommeil. Il regarde l'homme boire son coca. Boris retire la bouteille de la bouche et demande avec ironie:
- Tu n'as rien contre?
Yarik reconnait Boris, s'asseoit, se frotte les yeux et secoue la tete.
- Non. Allez-y.
Il prend le chaton et le caresse.
- Laisses en juste un peu pour nous.
Boris regarde d'un oeil ironique. Il boit a grandes gorgees. Yarik l'observe avec avidite. Boris regurgite fort et tend la bouteille. Yarik essuie le goulot de la bouteille avec ses petites mains. Boris rit des yeux et fait un signe de tete approbateur, a peine perceptible. Yarik approche la bouteille de sa bouche. Boris reste accroupi devant le garcon et observe le garcon boire. Yarik regurgite bruyamment, lui aussi. Ils rient. Yarik sort le paquet de biscuits qu'il avait sur lui et le tend a Boris.
- Vous en voulez?
Boris se crispe et secoue la tete.
- Non, merci.
Ils se regardent.
- Qu'est-ce qui t'est arrive? (Pause). Tu m'as vite trouve?
- C'est une longue histoire.
Boris sourit malicieusement.
- Je vois. Chacun a sa longue histoire, meme lui.
Boris indique le chat.
- Vous aussi, vous cherchez vos parents?
- Moi? Non. C'est eux qui me cherchent.
Yarik le regarde avec envie... Boris se leve. Le petit se met sur ses gardes et se leve aussi. L'homme ecarte Yarik un peu sur le cote.
- Tu vas me permettre?
Boris fait un signe de tete du cote de la porte et secoue les cles. Yarik se retire de la porte.
- Vous habitez ici?
- Si l'on peut dire comme ca...
Yarik ne comprend pas de quoi parle Boris mais il se tait. Boris ouvre la porte et entre dans l'appartement.
SCENE 35. Objet: Appartement de Boris. INT. Matin.
Debout dans le couloir, Boris se retourne vers Yarik.
- Tu veux du the chaud?
- Vous avez des confitures? Sourit Yarik.
Boris sourit aussi et fait oui de la tete.
- De fraise, ca te convient? Ca rechauffe aussi.
Yarik prend le chaton dans l'autre main, fait un signe de la tete et enleve sa veste sale. Il sort la chaine de la poche de son jean.
- C'est a vous.
- Tiens. Tu ne l'as pas perdue, s'etonne Boris - Merci beaucoup. Je l'ai eue de mon grand-pere. Il prend la chaine. - La milice m'a tout confisque... Bon, laisse tomber. Va te laver les mains on va manger.
SCENE 36. Objet: Appartement de Boris. Cuisine. INT. Matin.
Boris sort un pot de confiture du frigo. Il en met dans une petite soucoupe et la met sur un plateau, a cote d'une tasse de the fumante. Boris entre dans le salon avec le plateau. Il pousse un soupire en voyant Yarik endormi dans le fauteuil. Le chaton ronronne sur ses genoux. Boris touche Yarik pour le reveiller.
- Du the avec de la confutre...
Yarik ne se reveille pas, il serre le chat contre lui et dort en ronflant. Le chaton chante avec lui...
SCENE 37. Objet: Appartement de Yarik. Salle de bains. INT.
Le chaton demeure sur le couvercle de la cuvette et observe le jeu des boules de la mousse de savon. Yarik est heureux dans la baignoire, il joue avec la mousse en essayant de souffler les bulles et lance un caneton en caoutchouc sur l'eau. Il se bouche le nez avec les doigts et plonge dans l'eau, fait des bulles... Il revient a la surface de l'eau, se frotte les yeux et voit Boris souriant devant lui. Il tient une robe de chambre d'enfant de couleur rose dans la main.
- Mets cela.
- Mais c'est pour les filles!
Une expression muette de protestation se lit dans les yeux de Yarik.
- J'ai mis tes vetements a laver. Pour l'instant habille-toi avec cela.
Yarik hoche la tete, docile. Boris accroche la robe de chambre et sort de la salle de bains mais Yarik l'arrete.
- Et vous travaillez la nuit? Demande-t-il en chuchotant.
- Oui ami, ne le dis pas a ma femme, dit Boris en chuchotant. Yarik fait un signe de tete. Boris sourit et quitte la salle de bains.
SCENE 38. Objet: Appartement de Boris. Salon. INT. Soir.
Dans la piece se dresse un arbre de Noel artificiel. Un grand paquet est sous lui. La tele est allumee mais le son est coupe. On passe les infos, un reportage sur le Nouvel An. Un journaliste raconte quelque chose avec une grande energie, derriere lui il y a un enorme arbre de Noel et des feux d'artifice. Boris entre avec le plateau et le met sur la table.
- Bonjour, chuchote Yarik.
Boris sourit.
- Bonsoir.
Yarik le regarde d'un air hebete puis s'approche de la fenetre. Il fait sombre, il neige. Sans tourner la tete, Yarik louche sur l'arbre de Noel decore. Boris s'approche de l'arbre et tend le paquet a Yarik.
- Pendant que tu dormais, le pere Noel est passe.
- C'est a moi qu'il l'a apporte?! S'etouffe yarik de joie.
Boris fait un signe de tete et rend le paquet a Yarik.
En serrant le paquet contre lui, Yarik s'asseoit sur le canape. Il sort un paire de mitaines, une echarpe, des chaussettes chaudes et un pull. Ses yeux sont pleins de joie. Il met les mitaines et s'elance vers la fenetre. Sur un ton serieux, il crie par la fenetre:
- Merci, Pere Noel!
Mais au lieu d'un cri on n'entend qu'un rale grincant.
- Mange de la confiture! Boris invite Yarik a table par un signe de tete - Enleve tes mitaines, on va diner.
Yarik ote les mitaines et se met a table. Boris prends son assiette et y met des salades, du saucisson. Il la passe a Yarik; celui-ce prononce vite "Notre Pere" et se jette sur la nourriture.
Le chaton monte sur les genoux de Yarik et demande a manger lui aussi. Yarik coupe un petit morceau du saucisson et le lui donne.
Boris pose deux coupes et une bouteille de boisson mousseuse pour enfants sur la table. Le bouchon saute avec fracas. Yarik rit la bouche pleine et agitent les jambes sous la table. Boris verse la boisson dans les verres et en donne un a Yarik. Ils trinquent.
- Bonne annee!
- Une bonne et heureuse annee! Prononce Yarik sans voix.
- Tiens, mon vieux, tu es bien malade. Vas-y, mange et puis on va faire une cure.
Le chat pique un morceau de saucisson dans l'assiette de Yarik et saute par terre. Il mange et miaule fort en meme temps. Boris et Yarik rient joyeusement. Ayant entendu la sonnerie du telephone, Boris decroche. Il dit avec irritation:
- Non, je ne l'ai pas oublie. J'y serai. Tout est pret? Ou? Vous etes vous? Qu'est-ce que cela veut dire ces conditions? Seulement sur un territoire neutre! D'accord... donne l'adresse! Je note. (Boris note l'adresse sur une feuille et la cache dans la poche). J'y serai. Il va appeler? Non, arrange tout avec lui.
Indigne, Boris rejette le combine. Il allume une cigarette. Le portable sonne sur la table basse. Personne ne repond. Le portable joue "Le vol du bourdon" d'une facon monotone.
SCENE 39. Objet: Appartement de Boris. Chambre d'enfants. INT. Soir.
Boris est assis sur le bord du lit tenant une cuillere de medicament et un verre de jus. Il fait un signe a Yarik et celui-ci docile, ouvre la bouche. Boris lui verse le medicament. Yarik se crispe mais l'avale. Boris lui donne un verre de jus. Yarik l'avale pour faire passer le gout du medicament. Il gemit et se serre la paume contre la joue.
- Qu'est-ce que tu as? s'etonne Boris. - Une dent?
- Ouais.
- Tiens, mon vieux, tu tombes en ruines. Allez, on va aller voir un medecin.
- Il faut pas le medecin. Cela va passer.
Pour prouver ce qu'il vient de dire, Yarik retire sa main de la joue et sourit. Boris le regarde d'un air mefiant.
- D'accord. On va faire comme ca. D'abord tu vas bien dormir, on va guerir ta grippe et apres on s'occupera de tes dents. Ok?
- Ok!
Yarik se rejettes contre l'oreiller. Boris se leve, ferme les rideaux et quitte la chambre doucement en refermant la porte derriere lui. Yarik regarde autour de lui. Partout il y a des poupees et des peluches. Yarik soupire a ses pensees bien tristes et ferme les yeux.
SCENE 40. L'objet: Appartement de Boris. INT. Soir.
Le portable sonne. Boris s'approche de la table basse et se penche au-dessus du portable. Il gronde en son fort interieur. Tout a coup il tressaille a une sonnerie inattendue a la porte et va ouvrir.
SCENE 41. L'objet: Appartement de Boris. Chambre d'enfants. INT. Soir.
Yarik ouvre les yeux et voit une fille de trois ans devant lui qui l'observe d'un regard severe. Yarik detourne les yeux, confus.
- C'est mon lit, dit la fille sans bien prononcer les mots.
Yarik se leve en se renfrognant et se met a s'habiller. Une voix feminine indignee et une voix de Boris bougonnant se font entendre derriere la porte. La fille se tourne vers la porte et crie :
- Maman ! Il s'est reveille !
Les voix se taisent. Les pas s'approchent. Une jeune femme entre dans la piece, Boris la suit. Il est confus et …
- Bonjour !
Il fait sombre dehors, une lanterne unique brille dans la piece. Yarik ne repond pas, le garcon fait le lit.
Brusquement, la femme se retourne et Yarik s'apercoit qu'elle pleure. Il quitte la chambre a pas rapides et manque de renverser Boris. Celui-ci pietine, suit la femme en fermant la porte derriere lui.
- T'es qui ? demande la fille.
- Yarik, repond le garcon doucement.
- Et moi, je m'appelle Malina, dit la fille.
- Tu mens ! ne croit pas Yarik - Ce prenom n'existe pas. C'est le nom d'une baie sucre, j'en ai mange la confiture aujourd'hui
- Marina, viens ici, dit la voix feminine.
- Ah, tu t'appelles Marina alors ! dit Yarik …
- C'est ce que je dis - Malina
- Prononce bien - Ma - ri - na.
- Ma - li - na, repete la fille.
- Marina, viens ici, je te dis !
- He he, confiture de malina ! Va, on t'appelle.
Yarik pousse legerement la fille vers la sortie, elle s'en va sans refermer la porte. On entend des voix se disputer.
- Tu es fou, est-ce que tu reflechis a ce que tu fais ? Comment as-tu pu le faire ?
- Arrete. Il ne s'est rien passe.
- Tu ne vois pas ta propre fille pendant des semaines et tu emmenes…
- Arrete.
- Quoi arrete ? Maintenant tu ramasses des clochards dans les rues. T'es fou ?
- Arrete, ne commence pas…
- C'est toi qui commences !
Yarik ne peut pas dechiffrer les paroles mais il comprend qu'on parle de lui.
- Alors, maman ? demande une voix d'enfant.
- Va dans ma chambre, repond la femme.
La fille, la femme et Boris sortent dans le couloir. L'homme fume.
- Maman ! Mais je veux jouer avec Yarik, supplie la fille.
- Qu'est-ce que je t'ai dit de faire ? Et toi, ne fume pas devant ton enfant ! La femme arrache la cigarette de sa bouche.
On chuchote mais Yarik saisit une phrase : " Et s'il a la gale ou l'hepatite ? Et s'il est malade et contagieux ? T'as deja trente ans… " La voix de la femme fremit.
- Qu'est-ce que tu racontes ?! Je t'ai deja explique qu'il n'est pas un clochard. Il a perdu son pere, perdu ses parents.
La fille entre dans la piece, elle marche doucement, un peu effrayee.
- Est-ce que tu as la gale ?
- Non, repond Yarik. La fille encouragee devient …
- Alors, tu n'es pas malade ?
- J'ai mal a la gorge et parfois a la dent.
Le petit chat apparait. La fille fait oh et saisit le chaton. Elle le caresse et chuchote :
- Est-ce que tu as la gale, mon petit chat ?
Le chat miaule.
- Il est a toi, le petit chat ?
- Ouais, il est a moi, je l'ai trouve dans la rue, il n'etait a personne, dit Yarik.
- Et ou sont ses papa et maman? Demande la fille naive.
- Je ne sais pas. Il avait froid.
- Pauvre chat…Ou est-ce qu'il va habiter ?
- Avec moi, repond Yarik.
La porte s'ouvre et Boris entre. Il baisse la tete, frotte un ?il et adresse la parole a Yarik.
- On doit partir. Sa voix fremit.
- Habille-toi vite, je t'attends.
Boris s'en va et Yarik met son bonnet.
- Quand est-ce que tu vas revenir ? demande la fille.
Yarik hausse les epaules.
- Laisse-moi le chat, je vais lui donner du lait, demande-t-elle.
- Est-ce que maman va te permettre ? doute Yarik. - Quand j'etais petit, j'ai emmene un chien et Maman ne me l'a pas autorise.
- La mienne va me laisser, dit la fille avec surete. Ma maman est la meilleure du monde.
- Mais ne l'abandonne pas, demande Yarik.
- Non, crie la fille. Elle a saisi le garcon par la main et l'emmene vers une petite maison de Barbie. - Regarde, c'est la maison de ma Simone. Voila le salon et voila la cuisine. Ici, il y a un garage avec deux voitures. Si maman ne me permet pas, le chaton va vivre chez Simone. - La fille prend une poupee aux cheveux dores. - Tu seras d'accord, Simone, hein ?
La fille regarde la poupee avec amour et la tend soudain a Yarik.
- Tu veux que je te l'offre ?
Yarik se tourne vers la fille, se rend compte de ses paroles et prend la poupee. Il la tripote entre ses mains, rend la poupee a la poupee en secouant la tete. La porte s'ouvre et Boris apparait. Yarik se tourne docilement et se dirige vers Boris.
SCENE 42. Objet : Appartement de Boris. INT Soir.
Yarik se rend dans l'anti-chambre. Il met la veste, le bonnet, les nouvelles mitaines et sort sans un mot dire avec un air coupable.
Boris sort aussi en gardant le silence, sans meme embrasser sa fille. La femme s'est figee dans le couloir la main devant la bouche. La fille se serre contre elle. Elle a le chaton dans ses mains. La femme embrasse sa petite…Boris ouvre la porte, Yarik le suit du regard. Des que la porte s'ouvre, le garcon se met a courir en bas. Boris court apres lui.
SCENE 43. Objet : Interieur de la jeep. INT. Soir.
La voiture est au bord d'une grande avenue. Partout brille les illuminations de fete. Un grand arbre de Noel et des guirlandes decorent la place. La Jeep est en marche mais n'avance pas. Le chauffage fonctionne bruyamment. Une radio diffuse de la musique retro. Le DJ felicite tout le monde a l'occasion du Nouvel An et parle sans rien dire du bonheur futur. " Je me hate a nouveau afin de feliciter nos auditeurs a l'occasion de la fete de Noel et du Nouvel An. Je vous souhaite une bonne et heureuse annee. Moi, comme vous, je veux esperer que la joie et le bonheur qui me manquaient enormement cette annee, seront avec nous pour cette annee a venir. Je commence cette annee avec des dettes pour avoir achete un appartement, une voiture en panne et une sante un peu fragile. J'espere bien que vous, c'est un peu different. Et maintenant un peu de musique "
La radio diffuse la chanson du groupe " Avaria " " Le Nouvel An approche ".
Boris est melancolique, il regarde la radio d'un air stupide. Le regard de Yarik s'est fixe sur un point, il bat le rythme de la musique en hochant la tete. Boris regarde Yarik a la derobee et pousse un soupir doux. Il regarde l'heure et soupire encore. Le portable sonne, Boris decroche.
Boris : Quoi encore ? Calme-toi ! Je t'ai dit que j'y serai, j'y serai alors ! Ce que je fais ? Mele-toi de ce qui te regarde ! Tu ferais mieux de penser ou se barrer au cas ou. Quoi ? Toi-meme…
Boris eteint le portable. Yarik le regarde attentivement d'un air coupable. Il serre la main de Boris, la secoue drolement et descend de la jeep : Boris en est stupefait.
Boris : Tu vas ou ?
Yarik : Je vais chercher mon pere.
Il claque la portiere et s'en va le long de l'avenue. Boris le suit du regard. " Tetu. Vas-y, cherche ". Il met la voiture en marche mais celle-ci fonctionne deja, c'est pourquoi le moteur rugit. Boris gronde entre ses dents. Il demarre et passe devant Yarik. Ce dernier lui fait un signe de la main et sourit. Il voit la jeep reculer vers lui. La portiere s'ouvre et Boris descend tres irrite.
- Tu vas ou, toi ? Hein ? On a deja visite pas mal de chantiers ! Tu ne sais pas toi-meme ou il est !
- Si, je sais ! maman a dit qu'il est sur les plus grands chantiers !
- Ils sont ou, tes chantiers ?
- City, sourit Yarik. - Je me souviens de maman qui avait dit ce mot - City. Exact.
- Ah oui ?
- C'est sur.
- Alors on s'est trompe en tournant, dit Boris.
- Je te criais - a droite, a droite.
- Mais c'etait un passage interdit !
- Ou ca ?
- Monte dans la voiture !
Yarik regarde furtivement Boris, ce dernier lui indique la jeep d'un geste … Yarik remonte sur le siege avant, Boris se met au volant et la jeep demarre en trombe.
SCENE 44. Objet : Carrefour. EXT. Soir.
La voiture arrive au carrefour. La circulation a droite est interdite. Mais Boris tourne a droite et manque de renverser un agent. Ce dernier sourit, content et indique a Boris de s'arreter au bord de la route. Yarik voit l'agent et baisse la tete avec un air coupable. Boris grince des dents et gronde. Il descend de la jeep et se rend vers l'agent en sortant les papiers. Yarik observe Boris gesticuler avec energie et expliquer quelque chose a l'agent. Celui-ci hoche la tete et replique de temps en temps. Boris sort des billets de sa poche et en donne a l'agent. Boris court vers la voiture, monte sur le siege et content, sourit. Yarik ne comprend pas pourquoi celui-la est si content.
- T'avais raison. Il y a de grands chantiers la !
Yarik rit, heureux, Boris rigole. Ils demarrent en trombe et passent devant l'agent.
SCENE 45. Objet: Chantiers. EXT. Soir.
La jeep s'arrete devant la grille. D'un cote se trouvent Yarik et Boris, de l'autre - un gardien en uniforme, en salopette molletonnee, tenant une matraque que Yarik est litteralement enchante d'observer. Le gardien regarde Boris.
- Non, je ne connais pas celui-la. Je repete que ce sont les Moldaves qui bossent ici.
- Mais il est peut-etre ...
- Non, il n'est pas la. C'est tout.
Le gardien se tourne et se rend vers sa cabane...
- Ou est mon papa? crie Yarik.
Le gardien se retourne et regarde Yarik.
- Oh, s'etonne le gardien. - Je te connais. Tu etais deja venu ici. Et tu es encore venu?
Le gardien s'approche de la grille.
- Non, ton pere n'est pas la.
Le gardien revient vers la cabane. Boris et Yarik le suivent du regard.
La scene est plongee dans l'obscurite. Noir.
SCENE 46. Objet: Appartement de la mere de Boris. INT. Soir.
La scene sort de l'obscurite.
Assis sur un divan l'un a cote de l'autre, Boris et Yarik regardent devant eux. Une belle femme agee en robe de chambre est assise a table devant eux. La table est servie, au centre se dresse un petit arbre de Noel, decore de petites figurines.
La femme regarde Boris d'un air severe, mais en regardant Yarik, une tristesse apparait dans ses yeux.
Boris: Maman...
Mere: Quoi maman?! Tu as pense a quelque chose?
Boris: Maman, c'est jusqu'a demain matin. J'ai une affaire urgente.
Mere: Tu as oublie ta propre fille et tu emmenes encore quelqu'un.
Boris: Je t'ai deja tout explique. Il s'est perdu. Je veux qu'il reste un peu chez nous. Peut-etre je vais l'adopter...
Mere: Ne dis pas de betises! Qui va te donner cet enfant? Il a des parents. As-tu oublie que tu as ete condamne avec sursis? Prie Dieu que ta femme ne demande pas la divorce et ne te prive de droits. Regardez ce bienfaiteur! Occupe-toi de ta fille! De ta fille-e-e-!
Boris: Mais maman!
Mere: Quand est-ce que tu deviendras serieux...Comment peux-tu savoir ce qu'il a dans la tete? Pourras-tu laisser ta fille seule avec lui? Pourquoi tu te tais?
Stupefait, Boris regarde sa mere, puis Yarik. Celui-ci est silencieux, la tete baissee. La mere jette a Boris un article de journal. La on voit une photo d'un pretre.
Mere: L'eglise ouvre un orphelinat pour vagabonds...
Boris se leve et sort dans l'anti-chambre en froissant l'article. Il met sa veste. Yarik leve les yeux et regarde la mere de Boris d'un air coupable. La femme se detourne et pleure doucement. Yarik suit Boris. Les vestes et les fermetures-eclair se ferment, on entend le va et vient metallique. La femme arrete de pleurer et regarde l'arbre de Noel et la table d'un air fatigue. Il y manque une bonne fete...
Mere: Tu viens demain?
Boris ne repond pas. Il claque la porte et le silence se fait dans l'appartement. L'horloge fait du bruit.
SCENE 47. Objet: Interieur de la jeep. INT. Soir.
Boris a leve le dos de son siege et son regard s'est fixe au plafond. Il fume en faisant des ronds. Le moteur marche, le radiateur fonctionne avec bruit. De la musique retro se fait entendre. Yarik se colle au carreau en regardant les fenetres des maisons, la neige tomber doucement.
Le portable sonne. Yarik tressaille et regarde furtivement tantot le telephone, tantot Boris qui fait mine de ne pas entendre la sonnerie. Le portable continue de sonner. Tout a coup il se tait mais au bout d'une seconde sonne encore.
Boris tend la main vers le telephone et decroche. Yarik ne peut pas comprendre les mots exacts mais il se rend compte que celui qui a appele crie sur Boris qui lui l'ecoute tranquillement tout en faisant des ronds avec la fumee de sa cigarette. Ensuite il lance: "J'y vais" et eteint le telephone.
Il s'assied, regle le dos du siege et se trompe encore en demarrant la voiture. Le moteur hurle et Boris gronde entre ses dents.
La voiture sort lentement de la cour devant la maison de la mere de Boris...
SCENE 48. Objet: Village. EXT. Nuit.
Entree dans un riche lotissement. Une voiture de marque etrangere est devant la barriere. La jeep de Boris s'approche de son coffre. Deux gars, a l'age de Boris sortent de la voiture. Ils sont irrites mais se contiennent.
Boris descend de la jeep et s'approche des gars. Ils se serrent les mains.
Un des gars: Alors, on va duper le con?
Tout a coup, Yarik descend de la jeep. Les hommes restent bouche bee. Ils regardent Yarik completent stupefaits.
- Qui est-ce? Tu as une fille! demande l'un des gars.
- Ou c'est de l'autre femme? blague l'autre.
- Ca ne vous regarde pas!
Yarik s'approche d'eux et tend la main. Il secoue drolement les mains des gars.
SCENE 49. Objet: Maison de campagne. INT. Nuit.
Une salle de jeu. Les meubles se reduisent a une grande table ronde couverte d'un drap vert. Quatre hommes sont assis a table. Il y a deux amis de Boris, Boris lui-meme et un homme imposant entre deux ages. Des verres remplis de cognac sont poses devant chaque joueur. Une bouteille de cognac est devant le monsieur. L'homme sort du coffre fort, a cote de la table, un jeu de cartes et le jette a Boris par dessus de la table. Boris sort les cartes et les fait passer entre ses doigts, en les verifiant toutes pour s'assurer qu'elles ne sont pas truquees. Puis il tourne le jeu et le bat de nouveau dans la main en verifiant que toutes les cartes sont bien la, en verifie les couleurs... Il termine, hoche la tete et demande a l'homme:
- A quoi joue-t-on?
- A la seka? Ca vous arrange tous?
Tout le monde hoche la tete. Le monsieur semble un peu enerve : il suit attentivement chaque mouvement des joueurs.
Boris divise le jeu en quatre couleurs et les distribue aux joueurs. Ces derniers tournent les cartes et designent le banquier. C'est le monsieur. Il a un as. Il est banquier et il en est content. Les joueurs font les mises et le jeu commence. Les joueurs lancent de temps en temps des phrases courtes: "Je veux voir. Je montre. Passe." Boris voit le monsieur tricher en battant les cartes et en les distribuant. Boris regarde attentivement le monsieur qui a toujours tous les as alors qu'il les a bien battus. Boris perd. Le monsieur allume une cigarette…Yaris est devant une fenetre de la salle de jeu, il regarde dehors… La salle de jeu est tres enfumee. Boris et le monsieur ont une quantite a peu pres egale d'argent, ils en ont plus que les autres. Boris gagne et recoit le droit de faire la banque.
Boris bat les cartes, les distribue aux joueurs et garde les as.
Le jeu chauffe. Le monsieur commence a perdre. Boris a de plus en plus d'argent. Les joueurs deviennnet de plus en plus tendus. Le monsieur s'enerve et enrage. Boris note chaque geste et chaque regard du monsieur.
Yarik est assis sur le cote, il observe attentivement le jeu sans s'apercevoir que ses yeux pleurent a cause de la fumee. Il les essuie de facon mecanique et observe avec de grands yeux le jeu et les joueurs. Il voit deux-trois fois les cartes apparaitre et disparaitre dans les mains de Boris.
Tout a coup, le monsieur prononce un mot (a voir avec les acteurs). Il regarde les joueurs. Ses yeux sont pleins de rage. Son visage est crispe par une convulsion. Le monsieur se leve lentement de sa chaise. Boris et ses amis echangent des regards. Le monsieur tend brusquement vers le verre ses mains tremblantes dont les doigts sont ecartes comme s'il voulait le saisir avec les deux mains. Mais il n'arrive pas a le faire (30 cm) et le verre se brise. Il essuie la sueur de son front et amorce un sourire. Il s'assied sur la chaise en respirant avec peine. Boris et ses amis le regardent avec etonnement.
Deux gardes du corps courent dans la piece. Le monsieur se crispe et fait un signe de la main qui veut dire "Fichez-moi la paix!". Les gardes du corps s'en vont.
Yarik court ramasser les eclats et les jette dans une poubelle. Le Monsieur jette un regard rapide sur Yarik et l'oublie tout de suite.
MONSIEUR: On change de jeu de cartes!
UN AMI DE BORIS : D'accord, on change.
Boris hausse les epaules. Le monsieur ouvre le coffre-fort et jette un nouveau jeu de cartes. L'ancien jeu est jete dans la poubelle.
Le monsieur jette aussi deux liasses de dollars. Le jeu recommence et Yarik, en s'oubliant, baille bruyamment. Le monsieur vocifere: Retirez-le!
Boris fait un signe de tete a Yarik du cote de la porte. Yarik s'en va. Le jeu continue.
SCENE 50. Objet: Derriere la porte. INT. Nuit.
Yarik quitte la piece et se retrouve dans une autre ou deux gardiens assis tiennent la garde. Ils regardent Yarik, d'un air sombre et taciturne. Yarik passe devant eux et s'assied dans un fauteuil libre. Tous les trois restent assis un moment en gardant le silence et en s'observant les uns et les autres.
Tout a coup un des gardiens decide de jouer un tour a Yarik. Il sort un pistolet d'un etui d'epaule. Yarik fait un signe de tete du cote du pistolet.
- C'est un vrai?
Les gardiens se regardent et se mettent a rire. Yarik rit aussi. Le gardien aime bien l'ingenuite du gamin et de ce qu'il n'a pas eu peur d'un grand pistolet.
GARDIEN: Veux-tu de la biere?
YARIK: Je ne sais pas. Je n'ai jamais goute.
Le gardien se leve avec peine du fauteuil et s'approche du bar. Il ouvre trois bouteilles de biere et en tend une a Yarik. Celui-ci en prend une petite gorgee.
YARIK: C'est amer. Il fait une grimace.
LE GARDIEN 1. Le petit veut du lait.
LE GARDIEN 2: Ha-ha, le nene de maman.
Le GARDIEN 1: He oui, ou une tetine.
Yarik, vexe, fait une lampee.
LE GARDIEN 1:Ah! Ca, c'est comme les grands !
LE GARDIEN 2: Un vrai mec.
Yarik est content. Sa tete tourne. Il sourit. Tous les trois boivent en meme temps.
Un temps passe... Yarik, assis sur la table de billard, un peu saoul, il rie et se frotte le nez avec la gomme. Le bout de son nez devient vert. Les gardiens rient. Yarik est heureux de les voir contents de ses grimaces... Il se met de la craie sur ses paupieres. Quand il clignote les gardiens voient ses paupieres vertes et eclatent de rire encore plus. Yarik se met de la craie sur les dents. Il montre ses dents, fait des grimaces. Les gardiens rient aux larmes et en ont mal au ventre! Ils gemissent, ils n'en peuvent plus de rire! Yarik s'enduit les oreilles et les remue. Un des gardiens tombe a genoux et siffle. Plus d'air dans les poumons! Il s'etouffe et gemit... Yarik prend une autre bouteille de biere, en boit une gorgee et hoquette. Il est completement saoul... Tout a coup il baille, se donne du courage et essaye de descendre de la table mais tombe d'une facon ridicule.
Un nouvel eclat de rire...
SCENE 51 Objet: Salle de jeu. INT. Nuit.
Yarik entre dans la piece. Le silence et la tension sont tels qu'il semble que l'ampoule n'est pas branchee sur le secteur mais que c'est la tension dans l'air qui l'allume. Tout le monde tourne la tete vers Yarik maquille. Boris sourit gentiment. Tout a coup Yarik s'approche de Boris et s'apercevant que ce dernier a cache une carte, le trahit du regard, Le monsieur voit le regard et l'etonnement de Yarik. Sa figure s'allonge comme celle d'un cheval et il devient rouge de colere.
MONSIEUR : Quoi ?! S'indigne-t-il. - Tu me prends pour un con ?! Personne n'a encore ose me bluffer ! C'est moi qu'on appelle " l'As ". Tu m'entends ?
Boris et ses amis echangent des regards.
Les gardiens battent Boris dans la chambre de jeu. Les amis de Boris l'observent d'un air indifferent. Yarik saute et se pend au bras des gardiens qui le repoussent, mais le garcon se leve et se pend encore et encore. Le monsieur suit le tabassage et observe Yarik.
SCENE 52. Objet: Cour de la maison. EXT. Nuit.
On descend Boris de l'escalier. Il tombe dans la neige qui devient rouge. Yarik tombe a cote. Boris est sans conscience. Yarik bouge dans la neige, essaye de se lever et rampe vers Boris. Il le tourne pour decouvrir son visage en l'air. Les gardiens regardent le monsieur. Celui-ci voit le billot et la hache qui y est enfoncee. Il fait un signe de tete aux gardiens qui le regardent completement ahuris.
MONSIEUR : Un doigt de cette pute !
Les gardiens echangent des regards.
MONSIEUR : Vite !
Un des gardiens traine Boris au billot, met son bras dessus et leve la hache.
MONSIEUR : Tu as ose duper qui ? Ordure. Le monsieur se met a tousser.
Yarik sanglote mais lorsqu'il voit ce qu'on veut faire avec le bras de son ami, il enleve le bras du billot. Le gardien repousse Yarik, remet le bras de Boris sur le billot et leve la hache... Yarik court vers Boris et tombe sur la hache en recouvrant le bras de Boris par son petit corps L'autre essaye de trainer Yarik de cote mais ce dernier se colle sur le bras et la hache. Des glapissements et des sanglots se font entendre. Les amis de Boris se taisent les traits figes. Le gardien essaie d'arracher Yarik du billot mais il l'emporte avec.
Les amis de Boris observent la lutte de Yarik avec les gardiens. Il se detournent et se cachent derriere les portes cocheres. Le monsieur observe le visage de Yarik dont les traits figes d'un coup s'animent. Il est etonne par le desespoir avec lequel le petit defend Boris. "Laissez-le!" lance le monsieur et retourne dans la maison.
On entend une voiture demarrer. Les gardiens trainent Boris derrieres les portes-cocheres. Yarik traine derriere car il tient toujours la veste de Boris, il ne pleure pas mais pousse des soupires tres tres forts comme font les enfants apres une crise hysterique.
SCENE 53. Objet: Salon de la jeep. INT. Matin.
Yarik est assis sur le siege arriere et regarde d'un air coupable le reflet du regard de Boris dans le retroviseur. Boris conduit et fume en gardant le silence. Il a ete severement battu. Son visage est blesse, ecorche et bleui. Les levres sont tumefiees.
Il jette de temps en temps des regards irrites dans le retroviseur, mais garde le silence. Boris eteint la radio.
Un temps passe...
Yarik finit son cheeseburger et les frites. Il prend le verre de coca cola et sirote la boisson avec une paille. Boris, au volant, mache des frites a contrecoeur. A la difference de Yarik il ne jouit pas de la nourriture. Il mache lentement, de facon mecanique, les traits de son visage sont contractes par la douleur. Boris observe les flocons tomber sur la vitre. Le portable sonne dans sa poche. Il sort le telephone et vocifere nerveusement des phrases.
BORIS: Allo ? Non. Non. Avec moi. Oui. Non.
Il eteint le portable et le jette sur le siege avant. Yarik le regarde sur la defensive. Boris ouvre la fenetre et jette le cheeseburger. Il sort le journal de sa poche et trouve le bon article, le lit vite et le jette de cote. La voiture demarre brusquement.
SCENE 54: Objet: Eglise. INT. Soir.
Yarik se promene dans l'eglise et regarde avec curiosite des icones incrustes dans les murs. Il leve la tete et regarde bouche bee les peintures au plafond. Dans le coin il y a un pretre a la barbe enorme habille d'une longue soutane noire...Boris qui contient avec peine sa colere est devant lui.
BORIS: Mon pere, mais il est tout seul! Son pere est quelque part aux chantiers et il ne connait pas sa mere (Elle est morte pendant les couches!)
PRETRE: Mon fils, je comprends tout mais vous, comprenez-moi aussi. Je ne peux pas le laisser ici. L'orphelinat n'est qu'une eventualite. Venez dans un ou deux mois...
BORIS: Et la vertu chretienne et la compassion?
PRETRE: Je ne suis qu'un modeste serviteur du Seigneur...
Boris hoche la tete avec depit et emmene Yarik en le prenant par la main.
SCENE 55. Objet: Centre culturel. INT. Soir.
Sans atteindre les portes de la salle de concert, Boris et Yarik entendent le chant entrainant d'une voix masculine a tendance hysterique. La voix est amplifiee par les micros, on entend des cris eclatants de voix de centaines de personnes qui lui repondent.
VOIX: Le seigneur vous aime!
CRIS: Oui!!!
VOIX: Le Seigneur vous attend!
CRIS: Oui!!!
VOIX: Ouvrez-lui vos coeurs et vos ames! Aimez-vous notre Seigneur Jesus Christ?!
CRIS: Oui!!!
Boris et Yarik s'arretent devant les portes. Yarik leve la tete et le regarde avec interrogation. Ce dernier ne s'en apercoit pas car un obstacle sous forme de deux gardiens vigoureux vetus de costumes couteux apparait devant eux.
GARDIEN: Vous allez ou?
BORIS: Chez Notre Seigneur Jesus Christ.
Le gardien ne comprend pas la blague. Il observe avec suspect le visage tumefie de Boris.
GARDIEN: On n'a pas le droit.
BORIS: Ah bon? Mais on m'a dit qu'on va m'aider ici.
UN AUTRE GARDIEN: Et qu'est-ce que tu veux?
BORIS: Caser un enfant sans foyer.
Le gardien hoche la tete et tend a Boris une carte de visite. Celui-ci l'etudie et cache dans la poche. Il s'en va sans remercier les gardiens en gardant le silence. Yarik court a cote.
SCENE 56. Objet: Orphelinat prive. INT. Jour.
Yarik, assis sur une chaise dans le coin du bureau du directeur de l'orphelinat, ecoute la conversation de Boris avec le directeur. Le directeur est tres bienveillant et agreable.
- Ne vous inquietez pas comme ca, dit le directeur. - Tout ira bien pour lui. On va chercher nous-memes ses parents (si on les trouve. Si non... On va restituer les papiers et lui arranger son destin)
- Combien de temps pourra-il rester chez vous et combien cela coutera? demande Boris.
- Autant qu'il faudra. On ne chasse personne. L'hebergement et la nourriture sont gratuits. Si vous voulez, vous pouvez bien sur faire un apport. Voila les coordonnees bancaires de notre orphelinat.
Le directeur tend a Boris une carte de visite, celui-ci hoche la tete et la range dans la poche. Le directeur regarde l'horloge au mur.
- Il est temps de faire les adieux. On va bientot diner.
Boris acquiesce et s'approche de Yarik. Il s'accroupie devant lui et le prend par les mains. Il les serre, essaie de dire quelque chose mais n'arrive pas a trouver les bonnes paroles. Il secoue les mains de l'enfant et a peur de lever les yeux. Le directeur attend avec patience devant la porte. Boris leve la tete et en regardant dans les yeux de l'enfant prononce d'une voix cassee pleine d'emotions et de larmes retenues avec peine
- Pardon.
Yarik hoche la tete et lui sourit d'un air naif. Boris ne tient pas son regard pur et si empli de confiance qu'il s'en detourne.
SCENE 57. Objet: Orphelinat, couloir. INT. Jour.
Tous les trois sortent dans le couloir. Le directeur prend Yarik par la main et l'emmene dans le fond du couloir. Boris ne bouge pas et suit Yarik d'un regard coupable. Celui-ci se detourne et agite la main en faisant adieu, ils vont le long du couloir. Tout a coup Yarik se retourne et court vers Boris. Boris le serre dans les bras. Ils s'embrassent fort. Boris met Yarik par terre. Yarik court vers le directeur.
- Je viendrai te voir! Crie Boris.
Yarik et le directeur disparaissent derriere le coin.
SCENE 58. Objet: Orphelinat. Cabinet du medecin. INT. Jour.
Le directeur fait entrer Yarik dans le cabinet du medecin et le fait asseoir sur la table d'examen. Il jette un petit mot sur le bureau du medecin et quitte le cabinet sans regarder ni Yarik ni le medecin en refermant la porte. Il fait demi-sombre dans la piece. Le medecin est assis a table en face de Yarik et examine attentivement son nouveau patient. Yarik se sent mal a l'aise sous ce regard fixe. Il ne tient pas en place sur la table et regarde furtivement tantot le medecin tantot une armoire aux instruments de medecine. Enfin Yarik ne tient plus.
- Rien ne me fait mal, dit-il d'une voix enrhumee.
Le medecin sourit a peine visiblement.
- Alors tu n'es pas malade?
- Non.
- Et tu ne me trompes pas?
Yarik est confus. Le medecin ne le precipite pas avec la reponse, mais tout son air dit qu'il attend et insiste sur l'importance de la reponse.
- Il y a une dent... Yarik ouvre largement la bouche et y pousse le doigt. - Vous savez, j'aime beaucoup les sucreries...
Le medecin acquiesce.
- Qu'une dent qui te fait mal?
- Oui. Qu'une dent. La, la superieure.
Yarik se hate de terminer sa pensee et de persuader le medecin que le mal aux dents, ce n'est pas serieux. Avec cela Yarik saute de la table, fait un pas vers le medecin mais se heurte au calme et la froideur de ce dernier.
- Mais c'est une dent de lait, ricane-t-il.
- Elle va tomber par elle-meme.
Le medecin hoche la tete et allume la lampe. Yarik cligne des yeux a cause d'une vive lumiere et recule. Cependant le medecin quitte le bureau, s'approche du lavabo et se lave soigneusement les mains. Puis il va vers l'armoire et sort un complet de gants jetables, ouvre l'emballage et met les gants. Yarik l'observe d'un oeil vigilent et eveille. Le medecin s'approche de Yarik et commence a fouiller dans ses cheveux.
- N'aie pas peur. On ne va pas toucher la dent.
- Et quand est-ce qu'on le fera?
- Demain.
Yarik pousse un soupir penible. Yarik deshabille le garcon jusqu'a la culotte et l'examine de tous les cotes, ecoute les poumons et les bronches.
- Respire profondement. Comme ca. Et maintenant ouvre la bouche et tire la langue. Comme ca. D'accord. Tends les mains en avant et accroupis-toi.
Yarik execute vivement et precisement les demandes du medecin. Il est pret a s'accroupir jusqu'au matin par reconnaissance de ne pas toucher sa dent jusqu'a demain.
- Et maintenant tends les mains en avant. Ecarte les doigts. Bien. Ferme les yeux et touche le bout du nez avec l'index.
- Avec quelle main?
- D'abord avec la droite, puis la gauche.
Yarik accomplit facilement la tache.
- Habille-toi.
Yarik docile s'habille rapidement. Le medecin, en se dirigeant vers le lavabo, lui fait signe avec la tete de s'asseoir sur la table. Il enleve les gants, les jette dans la poubelle, se lave soigneusement les mains, les essuie et se met a table. Il sort du tiroir un formulaire vierge de dossier medical et y inscrit quelque chose. Il leve la tete et demande:
- Yaroslav alors, tu as 5 ans et demie, n'est-ce pas?
Yarik reflechit un moment et acquiesce. Le medecin continue a ecrire.
- Et quel est ton nom de famille?
- Pylnov.
Yarik observe la piece, regarde longuement l'armoire aux instruments inconnus mais s'oblige a se detourner et a regarder par la fenetre. Le medecin finit d'ecrire, met les documents dans le tiroir, eteint la lampe et s'approche de Yarik. Il le prend par la main et quitte le cabinet.
SCENE 59. Objet: Orphelinat, couloir. INT. Jour.
Le medecin emmene Yarik le long d'un couloir bruyant, mal eclaire. Ils tournent a gauche, a droite et de nouveau a gauche, puis descendent au rez-de-chaussee. Ils atteignent un autre couloir plus eclaire. Quelque part devant on entend des voix d'enfants, du tintement des assiettes et des cuilleres, les ordres des maitres. Soudain, le medecin s'arrete devant la porte et la pousse. La cacophonie des sons augmente brusquement comme si quelqu'un avait touche au volume du son. Yarik voit une grande cantine eclairee. Les enfants sont partout, quelqu'un dine a table, d'autres ont deja mange et emmene leur assiette vers l'evier. Yarik regarde a l'interieur d'un air indecis. Le medecin le pousse doucement dans le dos et Yarik franchi le seuil. Quelques enfants se tournent vers lui et l'examinent de haut en bas. Mais le plus grand nombre des gamins sont occupes a leurs affaires. Le medecin indique l'evier a Yarik.
- Lave-toi les mains et mets-toi a la table que tu veux.
Yarik trottine vers l'evier avec precaution tout en regardant les enfants. Le medecin, lui, appelle par un geste une jeune fille et indique Yarik, il lui dit quelque chose, elle hoche tout le temps la tete.
Yarik s'essuie les mains et cherche une place ou s'asseoir. Il apercoit une table a laquelle est assise une fille d'a peu pres de douze ans, aux syndromes de degenerescence sur son visage: des traits grossiers, une machoire inferieure prognathe, un nez epate, des petits yeux enfonces, des cheveux rares. Yarik se met discretement a table, sur le bord de la chaise juste en face de la fille et met les mains sur les genoux comme s'il voulait dire avec sa pose: "Je suis calme, pas agressif". La fille cesse de macher et regarde Yarik en dessous. Yarik jette des regards sur la fille et reflechit comment commencer leur connaissance. Son regard tombe sur l'assiette avec des spaghettis et une boulette de viande.
- Et moi, j'ai mange au McDonald's aujourd'hui.
La fille cesse de macher et regarde Yarik avec etonnement et mefiance.
- J'ai mange un double cheeseburger...
- Ah oui? Et quoi encore? admire la fille.
- Et encore une glace a la fraise et un gateau a la confiture... Mais je n'ai pas fini le gateau...
La fille fait un signe de tete compatissant.
- Moi, je m'appelle Yarik.
La fille regarde furtivement Yarik.
- Et moi, je m'appelle Glucose... comme la chanteuse.
- Pourquoi est-ce qu'on t'appelle Glucose?
Glucose: (silencieusement) Parce que je sniffe de la colle et j'ai des hallucinations... Veux-tu voir des hallucinations?
Yarik s'eloigne effraye.
Glucose: N'aie pas peur, elles sont belles. Elles sont tres belles et gentilles et elles brillent. Tu ne les verras plus nulle part.
Yarik: Tu sais, pour le Nouvel An maman a decore un arbre de Noel, il y avait beaucoup de guirlandes de toutes les couleurs. Maman les avait achete expres. Beaucoup! Et il y avait aussi beaucoup de jouets.
Glucose: Non, Yarik, elles sont encore plus belles. Et tu sais quoi? On peut parler avec elles! Veux-tu?
Yarik (en continuant la phrase precedente): ...et papa n'est pas arrive finalement.
Glucose ouvre la paume d'une main enorme avec un chiffon mouille et fait voir a Yarik. Celui-ci se penche et essaye de respirer...
Yarik: ca sent rien. Et ou sont les hallucinations?
Glucose (en mettant le doigt vers les levres): Tsss! J'ai invente tout cela pour eux. - Elle fait un signe du doigt d'un cote indefini. - Ils me prennent deja pour une folle. Mais ils ne voient pas les hallucinations. Et moi, je les vois!
Yarik (d'un air naif): Je ne les vois non plus... Alors je ne suis pas normal?
Glucose (doucement): Il n'est pas facile de les voir... Mais moi, je te l'apprendrai, plus tard. Elles sont tres belles, tu vas voir.
Yarik hoche la tete mais ne comprend toujours rien. La maitresse vient a son aide. Elle met une assiette et une cuillere devant Yarik, passe la main sur ses cheveux et lui sourit chaleureusement.
- Salut, je m'appelle Ania. Je serai ta maitresse.
Yarik regarde furtivement la maitresse, puis Glucose. Celle-ci fait un signe de tete.
- Elle n'est pas mal, gentille.
Yarik regarde la maitresse encore plus stupefait. Elle passe sa main sur le dos du garcon, puis met devant Glucose deux comprimes et fait un signe de tete du cote de Yarik.
- Des qu'il finit de manger, controle bien qu'il prenne ces deux comprimes. (a Yarik) - Le medecin a dit que tu es tres enrhume. Tu vas les prendre?
Yarik acquiesce et se met a manger. Glucose repousse son assiette et s'asseoit plus pres de Yarik, lui prend sa cuillere et coupe la boulette en petits morceaux. Elle rend la cuillere a Yarik mais ne detourne pas ses yeux de lui. Elle l'observe manger avec l'air d'une mere pleine de sollicitude. Yarik aime bien etre pris en charge comme ca. Yarik repousse l'assiette vide. Glucose lui donne les comprimes.
- Ania a dit...
Yarik, docile, les met dans la bouche et avale avec du jus de fruits. Il se crispe.
- Elles sont ameres!
- Tres bien. Les comprimes sont toujours amers. Et la colle est salee. Les comprimes sont bons pour la sante et la colle - non. Mais quand tu prends trop de comprime, cela peut etre mal, tres mal... Quand c'est amer - c'est tres mal. On peut meme mourir...
Glucose lui essuie la bouche avec une serviette, le prend par la main etl'emmede de la cantine.
SCENE 60. Objet: Orphelinat, couloir. INT. Soir.
Les enfants s'occupent avec de poupees et de petites voitures. Ils construisent quelque chose en lego. Quelques gamins sont colles a la tele, et regardent "Tom et Jerry". Une fille colorie des images avec des crayons de toutes les couleurs. Personne ne rale, ne taquine les autres ni n'est capricieux.
Glucose et Yarik entrent dans la piece et regardent autour d'eux. Glucose le laisse et rejoint un groupe de filles avec des poupees. Elle s'asseoit a cote et observe des filles habiller les poupees.
Yarik s'achemine le long du mur et s'asseoit au bout. Les enfants commencent a bouger en lui cedant de la place. Yarik occupe sa place devant la tele. Le dessin anime termine, les enfants courent, chacun vacant a son affaire. Yarik regarde les infos a la tele.
- Viens, on va jouer, l'appelle Glucose.
- Attends, je veux regarder.
- A quoi bon?
- Et si on montre les chantiers? Et mon papa est la...
- On ne va rien montrer!
- Pourquoi?
- Ben, par-ce-que...
Yarik regarde l'ecran, Glucose regarde Yarik.
SCENE 61. Objet: Orphelinat, chambre a coucher. INT. Nuit.
Les enfants dorment. Reniflement, toux, grincement des ressorts de lits se font entendre, quelqu'un qui tete dans son sommeil. Yarik, couche sur le dos, les mains sous la tete, regarde le plafond. Tout a coup ses levres commencent a fremir. Il se met sur le flanc, pousse un leger sanglot. Il cherche a ne pas reveiller les enfants par son pleur, etouffe les sanglots qui veulent sortir de sa gorge. Yarik se met sur le ventre et pleure, la tete enfouie dans l'oreiller. Tout son petit corps est secoue de sanglots.
La silhouette de Glucose en longue robe de nuit apparait au seuil de la porte. Elle marche sur la pointe des pieds entre les lits et s'assied au bord du lit de Yarik. Elle le caresse sur le dos. Yarik se calme peu a peu, se tourne vers la fille et essuie vite ses larmes. Mais ses sanglots se font encore entendre.
- Je voulais te parler de quelque chose..., dit Glucose.
Elle rejette la couverture et se couche a cote de Yarik. Elle le couvre avec soin et le serre contre elle. Yarik l'embrasse d'une main et s'essuie les larmes de l'autre. Glucose ne dit rien, elle le caresse tout le temps sur le dos. Yarik lui souffle a l'oreille.
- J'ai perdu ma mere. Elle m'attend a la gare et moi, je suis la. (Et papa s'est perdu aux chantiers).
Glucose hoche la tete et embrasse Yarik sur le front.
- On est venu le chercher. On l'a cherche pendant tres longtemps et puis on n'a eu plus d'argent. Maman avait dit qu'on allait rentrer chez nous, on allait prendre encore de l'argent et on reviendrait. Et apres elle est allee chercher a manger pour moi et elle s'est perdue. Est-ce qu'elle m'a abandonne?
Glucose pousse un soupir et embrasse encore une fois Yarik sur le front. Elle imite la conduite des meres des melodrames, mais elle le fait expres, d'une maniere inhabile. Cela peut paraitre meme vulgaire mais elle le fait de tout son coeur en cherchant a partager la douleur et le desespoir de Yarik.
- Je l'ai attendue longtemps, puis je suis alle aux toilettes et je me suis perdu. Et maintenant je cherche mon pere.
- Pourquoi?
- Je pensais qu'il pourrait m'aider a trouver maman!
Glucose reflechit un moment et puis acquiesce.
- Je vais savoir comment s'appelle la gare ou s'est perdue maman, dit Yarik.
- C'est bien! Je vais t'aider a chercher ta maman et puis on va trouver ton pere.
- Tu vas m'emmener a la gare?
Glucose hoche la tete.
- Quand?
- Demain. Et maintenant dors.
- Je n'ai pas envie.
- Moi non plus. Mais il faut dormir.
Elle sort du lit, recouvre Yarik et l'embrasse sur une joue.
- Et maintenant dors.
- J'aime beaucoup maman et je ne lui en veux plus! Honnetement!
- Dors.
Yarik se met sur le flanc, les mains sous la joue et ferme les yeux. Glucose quitte doucement la chambre. Elle s'arrete sur le seuil et observe Yarik. Soudain elle revient et secoue Yarik sur l'epaule.
Yarik se tourne vers elle et regarde avec interrogation Elle s'assied sur le lit et chuchote:
- Et si l'on trouve tes parents....est-ce que je pourrais... vivre un peu chez vous?
- Bien sur que oui. Maman permettra.
- Et papa?
- Papa?
- Papa. Est-ce que ton pere va le permettre?
- Je ne sais pas. Il a toujours dit que nous mangeons plus que nous gagnons.
- Et moi, je vais vous aider avec tout. Je sais travailler! dit Glucose encouragee.
- Qu'est-ce que tu sais faire?
- Je peux vendre des choses au marche. Je sais laver le sol.
Yarik acquiesce et sourit.
- Il le permettra!
Glucose ne peut pas retenir un sourire heureux. Elle sort. Yarik se met sur le dos, les mains sous la tete et sourit d'un air reveur.
- Tu vas me raconter, comment tu t'es retrouve ici? demande Glucose
- Bien sur, et toi?
- Bien sur, je n'ai plus de secrets.
SCENE 62. Objet: Orphelinat, terrain de jeux. EXT. Matin.
Les enfants trainent sur le terrain. Quelqu'un se pend a une pyramide de corde, quelqu'un fait un bonhomme de neige, d'autres jouent aux boules de neige.
Derriere un petit arbuste se cachent Yarik et Glucose. Ils discutent de quelque chose avec un air de conspiration. Ayant entendu un glapissement, ils sortent de derriere l'arbuste.
Un petit de six ans crie et s'assied sur la neige. Il observe avec surprise la tige de sa petite botte. Un groupe de curieux l'entoure.
Ils voient un petit trou dans la botte. Le garcon l'enleve et une petite balle d'un fusil pneumatique tombe. Il le montre aux camarades. Les enfants regardent tout autour. Ils fouillent du regard les fenetres des maisons qui entourent l'orphelinat. Mais il ne trouvent rien de suspect. Le garcon cache la balle dans la poche de sa veste, met la botte et revient au jeu. La croix de la visee optique s'arrete sur le garcon qu'on vient de "blesser".
SCENE 63. Objet: Appartement a cote de l'orphelinat. INT. Matin.
Quelqu'un observe le terrain de jeu a travers la visee optique. On entend un rire ivre et la croix de la visee se secoue.
SCENE 64. Objet: Orphelinat, terrain de jeu. EXT. Matin.
- Allons-y tout de suite. S'il te plait. Maman me cherche depuis deux jours deja, dit Yarik.
Glucose pousse un soupir.
- Maintenant on ne peut pas.
- Pourquoi?
- Tu dois comprendre, maintenant on ne peut pas. Apres le dejeuner on a une heure de sieste. Et personne ne va nous chercher.
La visee optique s'arrete sur Yarik et Glucose. Glucose se penche plus pres de Yarik et lui chuchote quelque chose, montre avec ses mains et explique quelque chose. Yarik hoche la tete.
SCENE 65. Objet: Appartement pres de l'orphelinat. INT. Matin.
La musique du groupe "Rammstein" se fait entendre des haut-parleurs d'un magnetophone dans la piece. Un gars d'apparence athletique, rase de pres, vetu d'un jean retrousse noir et d'un tee-shirt blanc est assis sur un tabouret. Ses bras et epaules sont couverts de tatouages au theme nazi. Il ricane d'un air drogue. Une cigarette fume dans le cendrier. Le gars tient un fusil pneumatique a visee optique.
Il ouvre le fusil, y met une balle et ferme le tube avec bruit. Il glisse par terre, se met a genoux et enrouvre la fenetre. L'homme vise et tire. Il tombe tout de suite a terre et ricane come un idiot. Il quitte la cuisine a quatre pattes. La musique dans la chambre devient plus forte.
SCENE 66. Objet: Orphelinat, terrain de jeu. EXT. Matin.
Glucose est couche derriere le banc et se cache l'oeil droit. Le sang coule entre ses doigts. Elle ne gemit pas, ses traits ne sont pas crispes, elle ne pleure pas mais regarde le ciel avec l'oeil intact. Yarik est assis a cote et pleure doucement.
- Qu'est-ce que tu as? demande Yarik, effraye.
- J'ai quelque chose avec l'oeil, repond Glucose. - Appelle Ania.
Yarik s'en va en courant. Les enfants entourent Glucose. Les uns observent Glucose blessee avec curiosite, d'autres d'un air sombre. La porte s'ouvre avec bruit, le medecin et Ania courent vers Glucose. Le medecin retire la main de Glucose de son visage. La maitresse s'agite. Le medecin couvre l'orbite sanguinolente de Glucose avec du coton et des compresses. Il pose dessus la main de Glucose, elle serre docilement le tampon contre la plaie. Le medecin prend Glucose entre les bras et l'emmene a l'interieur, La maitresse ramassent les gamins et les emmenent aussi. La porte d'entree claque avec bruit, comme si elle pouvait separer les enfants du monde exterieur.
SCENE 67. Objet: Orphelinat, la chambre des filles. INT. Matin.
Yarik fouille dans la table de nuit, regarde tout le temps autour de lui en entendant des cris et des voix excitees. Il regarde sous les etageres de la table de nuit et trouve trois billets de cent roubles colles avec du scotch. Yarik met l'argent dans sa poche, s'approche de la porte et se montre avec precaution.
SCENE 68. Objet: Orphelinat, couloir. INT. Matin.
Il y a du va-et-vient dans le couloir. Glucose est assise sur une chaise et elle serre le tampon contre son oeil. Yarik va vers elle. Glucose tourne la tete et le regarde. Yarik hoche la tete. Elle lui fait un signe de tete et se detourne. La maitresse chasse les enfants pour qu'ils ne se bousculent pas dans le couloir. Yarik s'approche de la fenetre derriere le coin, Il monte avec peine sur l'appui et ouvre la fenetre. Bien que ce soit le rez-de-chausseee, la fenetre est haute. Yarik hesite en regardant tantot la porte, tantot la fenetre. Tout a coup il entend la voix de la maitresse. Yarik n'hesite plus. Il s'assied sur l'appui et saute en bas.
SCENE 69. Objet: Orphelinat, terrain de jeu. EXT. Matin.
Yarik sort de la neige et court vers la palissade. Il glisse facilement entre les barres de fer. Il court dans la rue, en rentrant tout le temps la tete dans les epaules et en jetant des regards sur les fenetres des maisons. Il tourne au bout de la rue. Lorsqu'il est assez loin de l'orphelinat, il ralentit le pas et se calme.
SCENE 70. Objet: Appartement de Boris. Int. Jour.
Les amis de Boris et Boris lui-meme sont assis a table de cuisine et boivent de la biere dans des bouteilles. Ils sont sombres et silencieux.
Un des amis: Et ou est le petit?
Boris comprend tout de suite de qui il s'agit, il ne tient pas en place sur la chaise. Le sujet n'est pas agreable pour lui.
Boris: Je l'ai rendu a un orphelinat.
Les amis echangent des regards embarrasses. Boris voit que ses paroles ne lui plaisent pas.
Boris: Qu'est-ce que vous avez a vous crisper? Ou est-ce que j'aurai pu le fourrer! Vous l'adopteriez peut-etre, hein? J'ai lambine avec lui pas mal de temps...
Un des amis: A vrai dire, c'est a toi qu'il a sauve la vie et pas a nous.
Boris regarde les amis d'un air perplexe.
Boris: De quoi est-ce que vous parlez?
Un des amis: On voulait te couper la main. Tu t'en souviens?
Boris: Non.
Un autre ami: Il t'a couvert de son corps. On pensait que ces cons allaient vous couper en morceaux tous les deux.
Boris: Et vous, vous etiez ou?
Un des amis: Mais d'apres nos roles, on ne se connaissait pas... A quoi bon risquer pour toi...
Boris baisse la tete et hoche la tete. Puis il saute et court dans le couloir. Il met la veste et s'enfuit. Les amis courent a sa poursuite.
SCENE 71. Objet: Salon du taxi. INT. Jour.
Un chauffeur de taxi, (un homme age, obese et flegmatique) est au volant. Il fume et feuillette le journal. Tout a coup il entend quelqu'un tirer la poignee de la porte de devant, essayant de l'ouvrir, mais il ne voit personne. Le chauffeur de taxi enleve des lunettes et regarde la porte avec interet.
- A la gare de Kazan, s'il vous plait, dit une voix d'enfant.
Yarik tantot apparait tantot disparait devant le chauffeur de taxi. Il saute, tire la opinee et pousse la porte qui s'ouvre. Yarik se leve et s'assied sur le siege de devant. Il ferme la porte. Le chauffeur de taxi le regarde attentivement, plie le journal et le cache dans la boite a gants.
- Et alors? dit le chauffeur de taxi.
- A la gare de Kazan, s'il vous plait, dit Yarik.
- A la lune si tu veux, Et qui va payer, hein? Ou sont tes parents?
- Ils m'attendent a la gare de Kazan. Maman m'attend la bas.
- Tu t'es perdu alors?
- Non. Je me suis trouve.
- Bon, on va aller chez ta mere. Est-ce qu'elle a de l'argent, ta mere?
- Moi, j'en ai. Combien ca va couter?
- 200 roubles.
Le chauffeur de taxi regarde Yarik.
- Bon, d'accord, 150.
Yarik enleve une mitaine avec ses dents et sort l'argent de sa poche. Il le tend au chauffeur de taxi. Celui-ci fait hum en voyant les billets scotches, prend deux billets, les cache dans sa poche et rend le troisieme a Yarik. Yarik le prend mais ne cache pas dans sa poche et regarde le chauffeur avec interrogation. L'homme met le moteur en marche et roule sur l'avenue. Yarik regarde toujours le chauffeur en attendant la monnaie. Celui-ci sort un billet de cinquante roubles et le tend a Yarik. Maintenant Yarik cache l'argent dans sa poche. Il met sa mitaine et s'adosse au siege d'un air content, croise les bras sur la poitrine et observe la foule de Moscou qui court derriere la vitre.
SCENE 72. Objet: Gare de Kazan. Salle d'attente. INT. Jour.
Yarik entre dans la salle d'attente, reconnait le lieu et court vers les places a cote de la plante verte artificielle ou ils etaient assis avec sa mere. Yarik court, le cou en avant, en regardant autour de lui, il essaie de trouver sa mere. Il est tres excite, ses yeux sont eclaires par le pressentiment d'une rencontre joyeuse. Il s'arrete net et devient triste. Sa maman n'est pas la et un homme age est assis a sa place. Yarik s'approche de lui d'un air triste. Il s'arrete devant lui et le regarde avec tristesse et un peu mechamment.
- Qu'est-ce que tu veux, le petit?
- C'est ma place.
- Ah bon? Mais je suis la depuis longtemps et je ne t'ai pas vu.
- Je suis sorti aux toilettes.
Bien que tous les fauteuils a cote sont libres, l'homme cede la place a Yarik et s'assied deux fauteuils plus loin. Yarik monte dans le fauteuil d'un air vexe, se croise les bras sur la poitrine et se calme. Il baisse le menton sur la poitrine et regarde devant lui l'air renfrogne.
(A le regarder on peut comprendre qu'il a decide de ne pas quitter sa place jusqu'a ce que sa mere revienne.)
Un africain avec un grand bouquet de roses blanches marche dans la salle d'attente. Le regard de Yarik tombe sur lui. Il reste bouche bee, et le suit d'un regard enchante. L'africain s'apercoit de l'interet que le garcon lui porte et lui renvoie un sourire eclatant. Yarik lui sourit aussi. L'africain agite la main. Le garcon sourit encore plus. L'africain va vers Yarik et lui tend un chewing-gum. Yarik jette un regard enchante sur le bouquet de roses. L'africain caresse la tete du garcon. On annonce l'arrivee d'un train. L'africain sourit encore une fois, lui montre d'un geste qu'il va chercher ce train, lui fait signe de la main et s'en va. Un grand bouquet de roses bouge entre ses mains noires. Yarik le suit du regard et sourit en regardant le chewing-gum.
L'homme lit un livre et jette des regards sur Yarik. Il sourit malicieusement en voyant la reaction du garcon face a l'africain.
Une femme avec un enfant passe devant Yarik (Ils ressemblent beaucoup a Yarik et sa maman). La femme repete tout le temps: " Tout se passera bien". La femme s'arrete et regarde les billets. Le garcon se retourne et regarde Yarik. Une foule apparait tout de suite entre eux. Yarik comprend d'un coup ce qui s'est passe (Yarik commence a murir).
Excite, Yarik regarde autour de lui mais ne voit plus rien d'interessant. Ses yeux se ferment doucement et il s'endort tout en serrant le chewing-gum entre ses mains. Yarik dort en penchant la tete d'un cote. Sa bouche est entre ouverte, le bonnet penche de cote.
Ayant entendu annoncer son train, l'homme se leve, prend sa valise et s'en va. Yarik reste tout seul dans sa rangee de fauteuils. Il change un peu de pose et son bonnet tombe par terre. Un clochard longe la rangee en regardant dans les poubelles. Il fouille dedans, tire des restes de nourriture qu'il machouille et des canettes qu'il jette dans son sac. Il passe devant Yarik et tombe sur son bonnet, le ramasse et le met calmement dans sa poche.
Yarik tressaille et se reveille. Il s'assied, se frotte les yeux et s'arrange les cheveux ebouriffes. Tout a coup il se fige et se frappe la tete. Il ouvre la paume, le chewing-gum est toujours la. Le garcon pousse un soupir de soulagement.
Yarik regarde derriere lui, bondit de sa place, regarde dessus et louche de cote avec mefiance. Il n'y a personne autour de lui. D'autres passagers sont assis dans d'autres rangees, mais la sienne est vide. Yarik soupire d'un air perdu et grimpe de nouveau sur son fauteuil. Il s'arrange les cheveux et se calme. Il ouvre l'emballage du chewing-gum et le met dans la bouche.
Tout a coup il apercoit un milicien a gauche qui se dirige vers lui en longeant la rangee. Yarik est sur ses gardes et regarde a droite mais il y un autre milicien qui arrive vers lui. Yarik tourne la tete et sort le chewing-gum de sa bouche et le cache dans sa paume.
Yarik tourne la tete.
Les miliciens s'approchent de Yarik d'un air tranquille. Un d'eux est le milicien (Samokhine) qui l'avait reveille autrefois avec la matraque. Il s'assied a cote de Yarik, son collegue reste debout. Yarik le regarde stupefait. Le milicien lui sourit avec bienveillance.
- Alors, ou est-ce que tu as passe tout ce temps?
Yarik garde le silence.
- Alors, Robinson, viens avec nous.
Yarik serre obstinement les dents et secoue la tete. Ses doigts s'enfoncent dans les bras du fauteuil.
- Je ne peux pas.
Les miliciens s'echangent des regards.
- N'aie pas peur, On ne va pas t'arreter. Tu n'as fait rien de mal, n'est-ce pas?
Yarik secoue la tete avec energie.
- Non.
- Alors on y va.
- Je ne peux pas!
- Pourquoi?
- J'attends maman ici.
- Et ou est-elle?
- Elle est allee chercher a manger pour moi et s'est perdue.
- Encore?! lance Samokhine. Je connais deja cette chanson.
- Tu t'es enfui de chez tes parents? demande l'autre milicien.
- Non. Yarik s'enerve. - J'attends ma mere. Elle doit revenir.
Le milicien se raidit.
- Attends. Comment etait-elle vetue?
Yarik regarde le milicien avec espoir.
- Elle? D'un manteau rouge et de bottes blanches. A talons.
Les milicens echangent des regards.
- Ta mere s'appelle Elena? demande Samokhine. - Pylnova?
Yarik hoche la tete.
- Vous connaissez ma mere?
Le milicien hoche la tete en hesitant.
- Ou est-elle?
En attendant la reponse, il retient sa respiration. Le milicien se leve et tend la main a Yarik.
- Viens avec nous. Chez nous il fait bon et il y a du the chaud. La, on va parler de ta mere.
Yarik hesite.
- Viens, viens, n'aie pas peur.
Yarik saute de son fauteuil. Le milicien le prend par la main et l'emmene. Yarik leve la tete et se plaint.
- On a vole mon bonnet.
Les miliciens echangent des regards et ne repondent rien. Yarik baisse la tete et suit les miliciens d'un air docile.
SCENE 73. Objet: Orphelinat. INT. Soir.
Boris, afflige, sort de l'orphelinat. Ses amis l'attendent devant la jeep. Au visage de Boris ils comprennent que celui-ci a de mauvaises nouvelles.
BORIS: Il s'est enfui, il faut aller a l'hopital.
Les amis se taisent (Ils voient qu'il est tellement afflige qu'il vaut mieux se taire pour ne pas le provoquer, on pourrait avoir des ennuis. Boris les regarde mechamment, ils l'ont quand meme provoque).
BORIS: Vous allez fermer vos gueules? A cause de vous, les cons, le gosse traine seul le Diable sait ou. Batards! Vous auriez pas pu tout dire avant.
UN DES AMIS: Arrete de nous engueuler ! C'est de ta faute. Il fallait pas laisser le gosse ici (il fait un signe de tete du cote de l'orphelinat). Comme...
Il n'a pas le temps de finir sa phrase. Boris se jette sur lui, le saisit par le revers de sa veste et le renverse dans la neige. L'autre ami s'elance pour les separer. Tous les trois tombent dans la neige et se battent.
Les visages des enfants apparaissent aux fenetres. Toujours indifferents et serieux, ils sont colles aux vitres et observent les hommes se battre.
Tout a coup Boris crie et s'attrape le cou. Une tache rouge gonflee apparait sur la peau. Il tient une balle de fusil pneumatique et la regarde...
UN DES AMIS: Je l'ai reve.
Il indique une fenetre. En gardant le silence Boris monte dans la voiture et sort une batte de baseball de sous le siege. Tout en gardant le silence ils se dirigent vers l'entree.
BORIS: La nounou a dit que ce con a tire dans l'oeil de l'amie de Yarik.
Les amis rient a pleines dents...
Ils entrent dans l'immeuble.
SCENE 74. Objet: Milice. INT. Soir.
Yarik est assis sur une chaise devant un milicien inconnu. Celui-ci fouille dans le coffre-fort. Yarik boit le coca cola. L'officier trouve le bon dossier et le met sur la table. Il regarde Yarik d'une maniere etrange comme s'il n'osait pas lui dire quelque chose. Puis il ouvre le dossier et en sort des photos. Il en regarde une lui-meme, observe Yarik et lui tend cette photo.
- Regarde, est-ce que c'est ta mere?
Yarik prend la photo, l'observe pendant tres longtemps et ses yeux se remplissent de larmes. Sur la photo il y a un gros plan de sa mere. Quelques dents sont cassees, le regard est fige et elle a un grand hematome sous l'oeil droit. Sur l'autre photo Yarik est joyeux avec ses parents.
Yarik commence a sangloter puis a hurler. L'officier se crispe et se detourne. Il tend les bras au-dessus de la table pour recuperer les photos mais Yarik lui frappe la main et serre les photos contre sa poitrine. L'officier recule. Il est perdu et ne sait que faire. Il fume nerveusement. Tout a coup il se penche de cote et hurle par la porte.
- Samokhine!
Yarik tressaille a cause de son cri et se met a hurler encore plus fort.
L'officier est encore plus enerve. Il est irrite. Le milicien, une ancienne connaissance de Yarik, jette un coup d'oeil dans la piece.
- Samokhine, qu'est-ce qu'il se passe avec l'orphelinat?
Celui-ci reste pantois.
- Ils disent qu'ils ne viennent que demain matin. Ils ne vont pas y aller dans la nuit.
- Pourquoi? Ils ont peur de l'obscurite?
Samokhine renacle et hausse les epaules.
- Salauds! Et qu'est-ce qu'on va faire de lui?
Il fait un signe du cote de Yarik. Yarik s'est tapi dans un coin. Il s'est detourne, serre les photos contre lui en pleurant. Ses epaules se secouent convulsivement.
- je peux m'en aller? Demande Samokhine.
- Non, occupe-toi de lui!
- Comment ca? Qu'est-ce que je dois faire avec lui?
- Calme-le et couche-le.
Samokhine cligne des yeux. L'officier jette le dossier dans le coffre-fort et le ferme. Il fouille dans ses poches et va vers la porte.
- Ou est-ce que tu as fourre les cigarettes? Dit-il sans se rendre compte que le paquet tombe a cote de Yarik.
- Des qu'il se calme, prends les photos, ce sont des pieces du dossier.
Samokhine voulait repliquer mais l'officier est deja sorti du bureau. Yarik apercoit le paquet de cigarettes. Samokhine pousse un soupire lourd et s'assied sur la chaise. Il regarde Yarik. Il prend la matraque et la tend a Yarik.
- Veux-tu la tenir?
Yarik regarde furtivement la matraque et acquiesce. Samokhine sourit et se penche plus pres de Yarik en lui tendant la matraque.
- Mais a condition que tu me donnes les photos.
Yarik retire la main tout de suite, serre les photos et se met de nouveau a hurler. Samokhine jette la matraque sur le bureau. Il prononce avec un ton desespere
- Ta gueule!
La porte s'ouvre et l'officier entre accompagne de deux hommes saouls en menottes et de deux miliciens. Le petit bureau devient tout de suite tres etroit. L'officier se tourne vers Samokhine.
- Retire le gamin!
- Ou? Dans la cellule
- Retire-le, je te dis!!!
Les prisonniers voient Yarik et commencent a rire a gorge deployee. L'officier prend la matraque de Samokhine du bureau et frappe un des prisonniers sur les jambes. L'autre hurle des insultes. Yarik, terrifie, se colle contre le mur.
Samokhine saisit l'enfant par la main, prend la matraque et sort du bureau. Il porte Yarik dans le couloir. Il s'arrete devant une grille et fait un signe de tete au gardien. Samokhine entre dans la prison et le gardien referme tout de suite la grille derriere lui. Samokhine met Yarik sur pieds.
- Reste la.
Il marche le long du couloir et regarde dans les cellules. Il se retourne vers le gardien et crie:
- Elle sont ou, les putes ici?
- Dans la cinquieme. T'es dingue?
- Et qu'est-ce que je fais avec lui? Tu veux que je te le donne?
Le gardien fait un signe de la main l'air de dire fais comme tu veux et se detourne. Samokhine s'approche de la cellule 5 et l'ouvre. Dix-sept prostituees de gare, assez saoules. Elles sont toutes sont laides, vulgaires et sales.
- Bon, je vais mettre… un enfant ici. Soyez convenables avec lui et laissez le dormir.
Une des prostituees souleve son pull et montre ses seins enormes.
- Et on lui donne pas le sein?
Les prostitues rient. Samokhine ne sourit pas, agite sa main et ferme la cellule. Il s'approche d'une autre cellule et regarde a l'interieur. Un Armenien age est assis. Samokhine appelle Yarik en sifflant. Yarik s'approche docilement tout en serrant la photo contre la poitrine.
- Yarik, euh... tu dormiras la jusqu'a demain matin.
- Et demain matin?
- Eh ! la nuit porte conseil. On verra bien.
SCENE 75. Objet: Cellule. Int. Nuit.
Samokhine ouvre la cellule et y entre avec Yarik. L'Armenien leve la tete et hausse les sourcils.
- Qu'est-ce que tu regardes, toi?
L'Armenien baisse tout de suite les yeux.
SAMOKHINE: C'est mieux comme ca. Ecoute-moi, montagnard. Le gamin va dormir ici jusqu'a demain matin. Si tu le touches, je te tuerai. Compris?
L'Armenien acquiesce. Samokhine sort de la cellule. Le cadenas grince et Yarik reste dans la cellule. L'Armenien leve la tete et sourit gentiment a Yarik. Celui-ci se renfrogne en regardant le Caucasien.
- N'aie pas peur, je ne suis pas un criminel. Je ne suis pas enregistre tout simplement.
Yarik ne le comprend pas mais ses yeux et son sourire le calment.
L'Armenien se leve lentement et avec precaution pour ne pas l'effrayer par des mouvements brusques. Il enleve sa veste et la met sur le lit de planches.
- Viens, viens, va te coucher.
Yarik s'approche docilement des planches et s'assied sur la veste de l'Armenien. Celui-ci l'encourage d'un sourire. Il s'assied sur le bord du lit de planches et se pousse contre le mur. Yarik le suit tout le temps du regard et cache en meme temps la photo sur sa poitrine. L'Armenien tourne la tete et voit Yarik l'observer. Le Caucasien sourit mais son sourire reste sans reponse. L'Armenien secoue la tete et bredouille dans sa langue.
- Qu'est-ce que vous dites?
- Rien...Je veux fumer.
Tout a coup Yarik glisse sa main dans sa poche et en sort un paquet de cigarettes avec un briquet a l'interieur. Il les tend a l'Armenien. Celui-ci crie stupefait, regarde furtivement la porte et prend vite les cigarettes que l'officier avait laisse tomber.
- Tu fumes, toi?
Yarik fait non de la tete et cache la photo.
- Non. Glucose m'a appris qu'il faut entrer dans la cellule avec des cadeaux, alors on ne va pas se battre.
- Je n'allais pas te battre! T'es un enfant! Je ne suis pas un bandit, je ne suis pas enregistre a Moscou, je te dis! Et qui c'est ca, Glucose?
- Une fille de l'orphelinat. Elle s'appelle comme une chanteuse. Elle sniffe de la colle.
L'Armenien hoche la tete, se leve et va dans un coin de la cellule. Il secoue le paquet de cigarettes.
- Je peux?
Yarik acquiesce. Il allume une cigarette avec plaisir et souffle la fumee en volute. Yarik la suit du regard et cela le distrait de ses pensees tristes. Il sourit en se rendant compte qu'il a fait une bonne surprise a un adulte. Et il est content de lui-meme, de son esprit et de son courage.
On entend des cris de miliciens derriere la porte, des rires de prostituees. L'Armenien et Yarik sont couches sur les planches, les mains sous la tete et regardent le plafond. L'Armenien tourne la tete et regarde furtivement Yarik.
- Tu dors?
- Non.
- Moi non plus, je ne peux pas m'endormir.
Les deux poussent un soupire.
- Tu reflechis a quelque chose?
- Oui.
- A quoi?
Yarik garde le silence.
- Vas-y, vas-y, reflechis.
Il se detourne et essaye de s'endormir. Mais les sanglots doux de Yarik l'empechent de dormir.
- He, he, ne reflechis pas a la vie! Regarde, je vais te monter quelque chose.
Yarik se retourne vers l'Armenien qui est deja assis sur les planches en train de chercher quelque chose dans sa poche. Il sort un mouchoir sale et crasseux et montre a Yarik.
- Et maintenant pour notre hote, voici la danse folklorique : la lesghienne!
Yarik sourit franchement. L'Armenien deplie le mouchoir sur le lit de planches. Il met l'index et le medium dans deux coins et enroule le mouchoir autour de son propre axe. Cela ressemble a une poupee au derriere proeminent, les doigts sont ses jambes. L'armenien se met a chanter doucement la lesghienne, bouge les doigts et la poupee s'anime. Elle secoue les jambes et saute d'une maniere si bizarre que Yarik commence a chanter. Maintenant tous les deux rient. Quand l'Armenien est fatigue, il enleve le mouchoir de ses doigts et aide Yarik a faire une poupee sur ses doigts. Yarik fait bouger la poupee. L'Armenien chante et bat des mains. Enfin, Yarik est fatigue. Il enleve la poupee et la tend a son maitre qui secoue la tete.
- Garde-la. C'est mon cadeau pour toi. Gourguene te reviendra toujours a la vie. Si tu es triste, appelle-le et... il dansera pour toi.
Yarik hoche la tete et cache le mouchoir dans la poche.
- Il s'appelle Gourguene?
- Oui, nous sommes homonymes avec lui.
Yarik chuchote ce nom pour le retenir, puis il se couche sur le dos et fixe de nouveau le plafond. L'Armenien lui souhaite une bonne nuit, le couvre de sa veste et se tourne vers le mur.
Yarik pousse un soupir, regarde furtivement l'Armenien et sort le mouchoir. Il fait une poupee et en chantant l'air de la lesghienne commence a jouer. Apparemment, les pensees sur la vie se sont encore emparees de sa raison.
Gourguene rapproche ses jambes de son ventre et se roule en boule. Yarik le regarde pendant quelques minutes, puis le couvre de sa veste. Tout a coup il entend un ronflement tres fort. Yarik tressaille de surprise, reflechit un moment et prend la veste, en se disant que puisqu'il dort deja il n'en a plus besoin. Il se couvre de la veste, cache le mouchoir dans la poche et s'endort.
SCENE 76. Objet: Chambre d'hopital. INT. Matin.
Boris et ses amis regardent Glucose avec compassion en gardant le silence. Son visage est recouvert de bandes, elle a un bandeau sur l'oeil.
(Glucose est une fille assez laide mais la...)
- On m'a dit que tu sais ou est Yarik, dit Boris, triste.
- Non, je ne sais pas ou il est. Il s'est enfui, c'est tout.
Glucose ferme son oeil intact. Boris la prend par la main.
- Comprends-moi, j'ai vraiment besoin de lui.
Glucose detourne l'oeil.
- Il est comme mon fils. Tu comprends?
La fille retire la main et ouvre l'oeil. Elle regarde Boris. Il pousse un soupir. Tout a coup, une carte apparait entre ses mains, puis une autre et encore une autre. Glucose regarde, d'abord etonnee, puis joyeuse.
- Vous etes Boris alors? Chuchote-elle. - Yarik m'a parle de vous.
Boris hoche la tete sans rien dire et continue ses trucs avec les cartes.
- Qu'est-ce qu'il t'a dit de moi?
Glucose est confuse. Boris echangent des regards avec ses amis.
- Vous avez des enfants? demande Glucose.
- Une fille, affirme Boris.
- Jurez sur sa vie que vous n'allez plus l'abandonner, dit Glucose d'un air serieux.
- Je le jure, dit Boris, serieux.
- Il est alle a la gare chercher sa mere. A la Gare de Kazan.
Boris hoche la tete d'un air reconnaissant et les hommes quittent la salle doucement et quelque peu l'air coupable... Une larme coule de l'oeil de Glucose.
SCENE 77. Objet: Devant la jeep. EXT. Matin.
Boris ouvre la portiere et la batte ensanglantee tombe a terre. Boris la prend et la remet dans le voiture. Ses amis grimpent rapidement et la jeep demarre brusquement.
SCENE 78. Objet: Cellule. INT. Nuit.
Gourguene et Yarik dorment, tout a coup la porte de la cellule grince et s'ouvre avec fracas. Samokhine apparait sur le seuil. Un inconnu en tenue militaire dont les epaulettes sont decorees de plusieurs etoiles est avec lui. Yarik et son compagnon se redressent d'un coup et regardent les deux hommes. Samokhine semble etre perdu et l'inconnu a l'air mechant. Il bougonne quelque chose a Samokhine avec mepris en regardant Yarik.
INCONNU: Idiots! Lequel d'entre vous a eu l'idee de mettre un enfant dans une cellule?!
SAMOKHINE: On a telephone, mais...
L'inconnu ne l'ecoute pas, il agite la main et se dirige vers Yarik.
INCONNU: Habille-toi, petit. Tu viens avec moi.
YARIK: Ou?
INCONNU: Habille-toi, la bas tu seras mieux.
Yarik regarde son compagnon. Gourguene le regarde avec tristesse et hoche la tete.
YARIK: Est-ce que Gourguene peut venir avec nous?
Yarik fait un signe de tete du cote de l'Armenien. L'inconnu ne sourit pas.
INCONNU: Non. La, il n'y a que des enfants. Et Gourguene est adulte.
YARIK: Vous le laisserez partir?
ARMENIEN: Vas-y, Yarik. On va me laisser partir. Des que mon frere emmene ... les papiers, on va me laisser partir.
SAMOKHINE: Ta gueule!
Gouguene se tait. Yarik ferme sa veste et pietine sur place. Gourguene l'attire vers lui et l'embrasse en le tapant dans le dos. L'inconnu et Samokhine, etonnes, echangent des regards. Yarik sort de la cellule. La porte se referme en grincant et on emmene Yarik dans le couloir. Samokhine est devant, Yarik le suit et l'inconnu ferme la marche.
SCENE 79. Objet: Orphelinat, structure d'accueil. Int. Nuit.
L"inconnu mene Yarik dans le couloir de l'orphelinat et s'arrete devant une porte. Il l'ouvre avec sa cle. Ils y entrent. Yarik est sur ses gardes et regarde furtivement l'inconnu. Celui-ci fait un signe de tete approbateur et fait asseoir Yarik sur une chaise. Il met une blouse blanche.
INCONNU: Enleve tes vetements.
Yarik s'est deja habitue a de telles procedures, c'est pourquoi il ne pose aucune question. Il se deshabille jusqu'au slip. Yarik cache la photo sous ses vetements. L'inconnu (le directeur de l'orphelinat) met des gants, prend Yarik par la main et le tire vers lui. Il le met devant lui, examine ses bras, palpe son ventre et lui fait ouvrir la bouche.
DIRECTEUR: Ouvre la bouche.
Yarik ouvre docilement la bouche. L'homme en blouse lui fourre une cuillere a l'interieur et examine la gorge. Il hoche la tete d'un air content.
DIRECTEUR: Et qu'est-ce que c'est que ca?
Yarik retire la cuillere avec sa main.
YARIK: Une dent.
DIRECTEUR: Ca fait mal.
Yarik se donne du courage et agite negativement les mains.
YARIK: Non, cela ne fait pas mal du tout.
Il croise son regard attentif et suspect.
YARIK: Un petit peu.
Le directeur cede.
DIRECTEUR: Bon, d'accord. On ne va pas la toucher pour l'instant. Ecoutons ton coeur.
Le directeur prend le stethoscope et l'applique contre la poitrine de Yarik. Il ecoute attentivement les battements du coeur. Enfin, il laisse Yarik en paix.
DIRECTEUR: Rhabille-toi. Tu vas prendre une douche et tu vas manger...
YARIK: Et apres?
DIRECTEUR: Quoi apres?
YARIK: On va chercher mon pere?
DIRECTEUR: On verra. Vas-y.
Yarik se rhabille et sort du bureau ou une dame en tenue militaire l'attend deja. Yarik ne voit pas que le directeur et la dame echangent des regards un peu etranges. Quand la porte se ferme derriere Yarik, le directeur s'assied a son bureau et approche le clavier de l'ordinateur. Il tape vite sur les touches. Sur le moniteur on voit le texte d'un message apparaitre.
TEXTE: Il faut se voir. C'est urgent.
Le directeur appuie sur une touche, la lettre est envoyee. Il fume et attend la reponse en regardant le moniteur. Une reponse arrive presque tout de suite.
REPONSE: D'accord.
Le directeur enleve la blouse, la jette sur le dos de la chaise et quitte le bureau.
SCENE 80. Objet: Cafe. INT. Jour.
Le directeur de l'orphelinat habille en civil est assis dans un coin d'un cafe, a une petite table, la plus eloignee. Il y a beaucoup de monde dans la salle. Il fume, sirote un cafe et observe les visiteurs. Un homme d'une quarantaine d'annees s'approche de sa table. Il est aussi vetu d'un costume mais tout de suite on comprend que son costume est beaucoup plus cher et plus elegant. Ils se serrent les mains et l'homme se met a table. Ils fument et boivent du cafe. Quand l'homme finit sa cigarette, il sort une enveloppe et la tend au directeur de l'orphelinat. Ce dernier ouvre l'enveloppe et regarde dedans. Il y a un liasse de dollars. Il hoche la tete et met l'enveloppe dans sa poche. L'homme se leve. Ils se serrent les mains et il s'en va. Le directeur reste assis pendant quelques minutes et quitte aussi le cafe.
SCENE 81. Objet: Gare. Milice. INT. Jour.
Dans un coin, Boris regle ses comptes avec un officier. Celui-ci lui ecrit une adresse sur un bout de papier. Il le passe a Boris et cache l'argent dans la poche.
OFFICIER: Et c'est sur que vous etes son frere?
BORIS: (avec un dourire malicieux): Il faut que je le jure ou quoi?
SCENE 82. Objet: Bureau. INT. Jour.
Yarik est assis sur une chaise devant le directeur. Ce dernier fume et regarde Yarik. Yarik regarde aussi le directeur et attend qu'il commence a parler le premier.
DIRECTEUR: Tu n'as jamais voyage en avion?
Yarik s'anime.
YARIK: Non.
DIRECTEUR: Tu voudrais?
YARIK: Oui.
Le directeur hoche la tete. Silence.
DIRECTEUR: On a trouve ton papa.
YARIK: C'est vrai? Vous avez retrouve mon pere?!
DIRECTEUR: Oui, mais il est tres loin. Tu vas aller chez lui. Mais il y a un probleme.
YARIK: Quel probleme?
DIRECTEUR: Les petits enfants ne peuvent pas voyager tout seul et moi, je ne peux pas venir avec toi, je travaille.
Yarik acquiesce, impatient.
DIRECTEUR: J'ai un ami. Il peux t'accompagner.
Yarik leve la tete et sourit. Ses yeux brillent de bonheur.
SCENE 83. Objet: Rues de Moscou. INT. Nuit.
La jeep, avec Boris au volant roule dans les rues de Moscou, la nuit. Ses amis sont assis derriere et gardent le silence.
SCENE 84. Objet: Bureau. INT. Jour.
Boris, sombre, est dans le bureau du directeur de l'orphelinat. Le directeur le regarde irrite.
DIRECTEUR: Mais je vous dis que je ne sais pas ou il est. Je ne sais pas...
BORIS: Mais il doit etre ici...
DIRECTEUR: Oui, il devait, mais il s'est enfui. On l'a blanchi et nourri. Mais il s'est casse. Ce n'est pas grave, il reviendra. Ou alors la milice l'attrapera de nouveau.
Boris sort sa carte de visite et la donne au directeur.
- S'il revient, appelez-moi.
- Sans faute. Le directeur prend la carte. - Et vous etes qui?
- Il est mon fils, repond Boris et il quitte la piece.
Le directeur tourne la carte entre ses mains et la jette dans la poubelle.
SCENE 85. Objet: Avion. INT. Soir.
Yarik est assis pres du hublot et observe les nuages et le coucher du soleil d'un air enchante. L'homme qui donnait au directeur de l'orphelinat l'enveloppe avec l'argent est assis a cote de lui. L'homme feuillette un magazine. Yarik detache un moment le regard du hublot et regarde l'homme avec reconnaissance et bonheur. Celui-ci lui sourit en reponse. Yarik se tourne et le sourire de l'homme disparait immediatement, il revient a son magazine.
Yarik voit les nuages s'ecarter decouvrant une vue majestueuse.
(Yarik crie et cesse de respirer. Il jette un regard rapide sur l'homme mais cette fois celui-ci ne juge pas Yarik digne d'un regard, il ne sourit pas, ne repond pas, l'ignore. Mais Yarik n'est pas vexe, il est fascine et sous le charme de la vue de cet ocean. Il se tourne vers le hublot)
SCENE 86. Objet: Aeroport. INT. Matin.
L'homme tient Yarik par la main. Ils traversent l'aeroport et se dirigent vers la sortie. Yarik tourne la tete tout le temps et regarde bouche bee les enseignes en anglais, il ecoute le langage inconnu des gens qui passent devant. Yarik voit un cafe et suit d'un regard affame les gens qui avalent des hamburgers et des hot-dog. Yarik leve la tete et regarde l'homme avec un air interrogateur. Mais celui-ci fait semblant de ne pas voir sa demande muette. Yarik reste a cote
(et ne pose pas de questions. Premierement il a promis de garder le silence. Deuxiemement, ces derniers temps tant de choses lui sont tombes dessus qu'il n'a plus la force de demander quoi que ce soit).
Ils sortent de l'aeroport et debouchent sur le parking de taxis. L'homme agite la main et un taxi jaune s'arrete devant eux. L'homme ouvre la portiere et fait signe a Yarik. Celui-ci monte docilement a l'interieur.
L'homme monte a cote et ferme la portiere. Il dit quelque chose au chauffeur de taxi et ce dernier acquiesce. La voiture demarre.
SCENE 87. Objet: Taxi. INT. Matin.
Yarik observe par la vitre les gens marcher dans la rue (il voit les poteaux d'un pont gigantesque sur lequel ils traversent un enorme fleuve. Sur l'autre rive Yarik voit des gratte-ciels.)
Une voiture de police equipee d'une sirene les depasse. Yarik saute sur place et la suit d'un regard emerveille. L'homme est calme. Il regarde furtivement le chauffeur de taxi qui est indifferent a tout.
La voiture traverse le pont, tourne vers un quartier et s'arrete au bord de la route. L'homme donne de l'argent au chauffeur de taxi et descend de la voiture. Yarik, en sautant de son grand siege vers la portiere regarde le chauffeur et remercie.
YARIK: Merci.
Le chauffeur hoche la tete (en disant "De rien" en anglais).
SCENE 88. Objet: Boulevard. EXT. Matin.
Des que la voiture disparait, une limousine grise roule vers Yarik et l'homme qui ouvre la portiere fait signe a Yarik de monter.
YARIK: Encore?
L'homme hoche la tete, Yarik monte dans la voiture. Mais on voit que tout ce qui se passe commence a l'ennuyer. Il est fatigue. L'homme monte apres le garcon et claque la portiere.
La limousine arrive au carrefour et tourne dans le sens contraire du taxi.
SCENE 89. Objet: Limousine. INT. Matin.
La limousine roule dans la rue. Elle s'arrete et un homme dans les quarante ans (un bandit) monte dans la voiture, un attache-case a la main.
Yarik le suit du regard.
L'homme regarde Yarik et prononce en anglais.
BANDIT: Tout est OK?
L'homme acquiesce. Le bandit se tourne vers le chauffeur.
BANDIT: Arrete toi au coin de la quarante-deux.
Le bandit passe l'attache-case a l'homme. Celui-ci le met sur le siege a cote de lui. Le bandit lui tend un dossier avec des documents.
Entre-temps, le chauffeur se gare au bord de la route. Il laisse le moteur en marche. L'homme descend vite de la voiture. La portiere claque. Yarik et le bandit restent a l'interieur. Yarik s'elance vers la portiere, mais la voiture demarre brusquement et Yarik est projete sur le cote. Il se colle au pare brise arriere et regarde avec terreur l'homme monter dans un taxi.
Yarik tourne la tete, il est horrifie et l'interrogation se lit dans ses yeux, mais il ne se decide pas a interroger le chauffeur et son ami.
La limousine tourne au carrefour et on perd de vue le taxi. Yarik commence a sangloter.
Yarik: Papa, maman... ma chere maman.
Les bandits sont enerves et ne tiennent pas en place. Ils echangent des regards. Mais ils ne disent rien a Yarik. Le chauffeur augmente le son du magnetophone et la chanson hurle par les haut-parleurs couvrant presque entierement les sanglots de Yarik.
SCENE 90. Objet: Hopital prive hors de la ville. EXT. Matin.
La limousine roule vers l'entree de service d'un hopital prive et entre a l'interieur. Les portes automatiques se referment derriere la voiture. Un medecin age s'approche des portieres de la voiture. La portiere arriere s'ouvre mais Yarik ne pense pas descendre. Il observe d'un regard effraye tantot les bandits, tantot le medecin. Celui-ci lui sourit d'une maniere gentille et bienveillante et lui fait signe de venir. Puis il dit en anglais:
Medecin: Viens, petit. N'aie pas peur. Sors. Vas-y.
Yarik regarde son sourire radieux et descend prudemment de la voiture (et le compare avec les levres serres des bandits et prend sa decision. Il descend prudemment de la limousine).
YARIK: Ou est mon pere? Il est la? Vous allez m'emmener chez mon pere?
Le medecin acquiesce bien qu'on voit d'apres ses yeux qu'il ne comprend absolument rien en russe. Il hoche la tete et fait signe de venir.
Yarik s'approche de lui et le prend par la main. Il regarde furtivement les bandits dans la voiture. Le medecin ferme la portiere de facon demonstrative comme s'il s'indignait, il "chasse" les bandits avec des gestes et un sifflement terrible. La limousine s'en va a la grande joie de Yarik. Le medecin emmene Yarik vers l'entree de l'hopital.
(Yarik fait une halte sur le seuil et admire la nature: la foret entoure l'hopital de tous les cotes.)
SCENE 91. Objet: Hopital. INT. Matin.
Le medecin et Yarik longent un tres long couloir sans fenetres et sans portes. Il n'y a que des tuyaux et des tubes qui passent sous le plafond. Yarik se serre contre le medecin. Celui-ci lui fait un large sourire et l'encourage. Yarik, pensant que le medecin est un homme gentil et compatissant, decide de lui avouer toute sa douleur et son desespoir. Il parle sans arret. Le medecin hoche la tete et sourit beatement.
YARIK: Je l'ai attendue tres longtemps mais elle n'est pas venue. Je lui en ai voulu mais je ne me suis pas enfui. Je me suis perdu tout simplement. Et apres j'ai decide qu'il valait mieux trouver d'abord mon pere. J'etais en ville! Et lui, il etait aussi en ville. Je pensais que je le trouverais et puis qu'on irait ensemble chercher maman. Et apres j'ai decide quand mene de trouver maman. Je connaissais le nom de la gare. Gare de Kazan. Et j'y suis alle. Mais je ne savais pas qu'elle etait morte!
Yarik sanglote. Le medecin fait oh avec reproche et secoue la tete. Yarik essuie une larme et continue a parler.
Yarik: Je ne pleure pas... Et ou est-ce qu'on va? Et puis on a casse l'oeil de Glucose avec une balle, elle n'a pas pu aller avec moi. Je me suis evade de l'orphelinat. Je suis arrive a la gare et je me suis retrouve a la milice.
Ils marchent encore et encore dans un couloir interminable.
FONDU ENCHAINE
Les pas de Yarik grandissent, un echo retentissant les fait resonner dans tout le couloir. Leur son augmente et emplit bientot tout l'espace. Des que Yarik commence a parler, l'echo disparait et tout redevient normal.
Retour a la scene.
YARIK: Et on m'a dit la bas que ma mere etait morte. Voila sa photo.
Yarik sort la photo de sa veste et la tend au medecin. Celui-ci la regarde tout en continuant a marcher. Il hausse les sourcils et regarde le petit avec etonnement. Sans rien dire il lui rend la photo. Celui-ci la cache sur lui.
YARIK: J'ai ete tres triste. J'aimais ma mere et elle m'aimait aussi. Et papa l'aimait aussi.
Yarik pousse un petit rire.
YARIK: Je les ai vus s'embrasser!
Ils s'arretent net devant des portes enormes. Celles ci s'ouvrent et Yarik voit une table d'operation et un groupe de gens portant des masques et des blouses blanches.
YARIK: Je n'ai pas mal a la dent. Pour de vrai ca me fait pas mal!
Le medecin sourit, hoche la tete et pousse legerement Yarik dans le dos. Celui-ci fait un pas et se retrouve dans la salle d'operation.
SCENE 92. Objet: Salle d'operation. INT. Matin.
FONDU
Pendant toute la scene on entend le coeur de l'enfant battre. Tantot s'accelerant, tantot ralentissant en fonction de l'etat de nervosite de Yarik.
Retour a la scene.
On deshabille completement Yarik. On lui retire son pull et son jean. Il se pelotonne et replie ses jambes sous lui. Ses yeux sont pleins de larmes. L'infirmiere tire le tee-shirt et les photos tombent par terre. L'infirmiere se penche pour les ramasser mais Yarik est plus rapide et serre une photo contre son petit corps nu. L'infirmiere tend la main vers la photo. Yarik se detourne et commence a pleurer. Le chirurgien pres de la table hurle sur l'infirmiere en anglais.
CHIRURGIEN: Laissez-le!
L'infirmiere retire la main et recule. Yarik se calme tout de suite. Il regarde furtivement les gens qui portent des masques. Ils lui font peur, leur apparence ne promet rien de bien a Yarik. Yarik le devine . Il recule vers la sortie ou il se trouve le medecin au sourire bea. Yarik se cramponne a sa blouse, le tire et crie:
YARIK: Dites-leur que je n'ai pas mal a la dent! Je vous ai donne ma parole d'honneur. Laissez-moi!
Le medecin s'accroupit devant Yarik et lui caresse la tete. Yarik se calme. Le medecin se leve, prend le garcon par la main et l'amene vers la table d'operation. Une autre infirmiere s'approche de Yarik et lui desinfecte l'epaule avec un coton imbibe d'alcool. Yarik voit une seringue entre ses mains. Effraye, il regarde d'abord la seringue, puis le medecin. Celui-ci sourit toujours beatement et hoche la tete. Yarik cligne des yeux et les detourne de l'infirmiere. Elle lui fait une piqure. Yarik sourit et se vante aupres du medecin.
YARIK : Vous voyez, je n'ai pas pleure.
MEDECIN: Un petit courageux ce garcon.
Yarik veut encore dire quelque chose mais il n'a plus de force dans les jambes et il tombe a terre sans connaissance.
FONDU
Le battement du coeur s'estompe et disparait.
Retour a la scene.
L'infirmiere n'a pas le temps de le rattraper et le medecin lui fait une remarque et rale apres elle. Les infirmieres allongent Yarik sur la table d'operation. L'une d'entre elles essaye de lui retirer la photo mais les doigts du garcon sont cramponnes a la photo. Elle arrive enfin a lui enlever. On jette la photo dans le tas forme par ses vetements. Le medecin prend les vetements, la photo et les chaussures de Yarik et sort de la salle. Il ferme les portes derriere lui. Il se retourne, voit les infirmieres desinfecter Yarik avec des compresses et le chirurgien pret avec un scalpel a la main. Le medecin part vers le fond du couloir.
SCENE 93. Objet: La cave de l'hopital. INT. Matin.
Le medecin ne sourit plus. Son visage est lisse, sans aucune emotion. Il ouvre le foyer d'un four et jette dans les flammes les chaussures, le tee-shirt, la veste et le pull de Yarik. Une photo tombe a terre. Le medecin jette le jean dans le feu. Il ramasse la photo, la regarde une seconde et la jette dans le feu. Le medecin ferme la porte du four.
SCENE 94. Objet: Hopital. INT. Matin.
On entend precisement un battement de coeur devant les portes de la salle d'operation. Tout a coup il s'arrete. Le medecin (on ne voit que la moitie de son corps) sort avec une glaciere a la main...
Une autre porte de salle d'operation. Un battement de coeur discontinu. Le medecin entre avec la glaciere a la main. Le battement de coeur s'arrete pendant une seconde et reprend immediatement a un rythme regulier.
(SCENE 94. Objet: Hopital. INT. Matin.
Tout a coup dans le silence du couloir les portes s'ouvrent et un homme sort de la salle d'operation. On ne voit que ses pieds et une main dans laquelle il tient la poignee de la glaciere pour le transport d'organes.
L'homme marche d'un pas rapide le long du couloir vers la porte de sortie par laquelle Yarik est entre une heure. L'homme va jusqu'au bout du couloir. Desormais, on n'entend plus le babillage effraye de Yarik, seulement les pas de l'homme.
L'homme pousse la porte et sort dans la rue. Une ambulance l'attend deja. L'homme monte a l'interieur, la porte claque et la sirene rugit immediatement. La voiture demarre sur les chapeaux de roue et file a toute vitesse vers les grilles.
SCENE 95. Objet: Salle d'operations. INT. Jour.
Retour a la preface.
Une equipe de chirurgiens sont penches au-dessus de la table. Tout le monde attend. Des gouttes de sueur tombe du front du chirurgien. Ses habits sont completement trempes de sueur. Ses yeux sont rougis par la tension. Il regarde furtivement l'appareil: une ligne continue court sur le moniteur avec un bourdonnement de l'oscillateur. Tout a coup la ligne bouge, l'oscillateur piaille. On entend le coeur battre hors champ. D'abord il y a un battement irregulier et discontinu, qui petit a petit se stabilise.
Dans le cadre on voit un gros plan du coeur qui bat. Le chirurgien pousse un soupir de soulagement, hoche la tete vers les assistants et recule. Les medecins se penchent sur un petit patient - une fille de 7 ans -et finissent l'operation).
FONDU NOIR. avec le bat du coeur
Titres.
L'inscription sur un fond noir:
"Selon les dernier donnees de FSB de la Russie (securite federale,
ex-KGB), pendant 5 derniers 60 000 enfants on a fait sortir de la
Russie ... Dans le monde... D'apres les suppositions, qui sont confirmees par les donnees, milles disparitions sont liees a la transplantation des organes enfantins."
En meme temps hors image on entend les palpitations de coeur.
FIN